OPINION. « Professionnels de la Tech : l'heure est venue de prêter le "Serment de Plutarque" ! »
Mehdi Houas

Photo d'illustration
DR
Mehdi Houas

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Rarement l'emprise et le pouvoir décisionnel des géants de la Big Tech sur l'équilibre du monde auront été aussi prégnants. Partout dans le monde, on assiste à un glissement assumé - ou plus subtil - du champ d'intervention des dirigeants de quelques-unes des plus grandes entreprises de la planète : les leaders technologiques d'hier aspirent désormais à jouer un rôle politique de premier plan. Doit-on s'en inquiéter ? Assurément, car ces derniers, au-delà de leur force de frappe financière et structurelle, disposent d'un atout de premier plan : la maîtrise des algorithmes. Ces éléments de code, invisibles à l'œil humain, jouent en effet un rôle de premier plan dans la façon dont l'information nous est transmise, proposée, suggérée. Qui contrôle l'algorithme contrôle désormais la narration du monde.
Un peu de contexte : chaque jour, nous interagissons en moyenne avec 6 systèmes d'intelligence artificielle. Suivi de la fréquentation dans le métro, régulation routière, contrôle d'accès... Jusqu'au pilotage de votre carte de cantine, la technologie est partout ! Il n'est pas question de mettre en place un quelconque système de surveillance de masse, mais bien de tirer profit des formidables possibilités offertes par les environnements dynamiques ou génératifs. La puissance des systèmes actuels offre en effet d'extraordinaires gisements d'efficacité et de productivité. Pour autant, cette « digitalisation » accélérée de notre quotidien n'est pas sans poser de questions sur notre rapport même à la dynamique à l'œuvre.
Cette évolution nous questionne autant qu'elle nous oblige, nous, professionnels de la technologie. Il est temps de nous interroger collectivement sur notre position dans le phénomène à l'œuvre et d'appeler toutes celles et tous ceux qui y contribuent de près ou de loin à prendre leurs responsabilités. Chez Talan, nous accompagnons au quotidien nos clients dans leur accélération en concevant à leurs côtés des projets de transformation structurants. Il nous revient donc de contribuer au débat : nous y prenons toute notre place en portant une initiative majeure en la matière.
Au regard de la criticité du sujet, il me paraît urgent de poser un cadre clair à ce nouveau paradigme. Développeurs, chercheurs, administrateurs ou architectes réseau, nous avons tous un rôle à jouer dans la conception, la définition et la gestion de ces briques fondamentales, qui structurent une société bien au-delà de leur seul spectre technique.
Nous ne pourrons pas dire « nous ne savions pas » dans le cas où un fragment du code dont nous sommes les auteurs serait utilisé à des fins contraires à nos valeurs.
Sans tomber dans le pessimisme, il nous appartient de rester vigilants et de mettre à profit notre esprit critique face à ce défi majeur. J'appelle donc à la création d'un « Serment de Plutarque » des professionnels de la Tech, qui posera un cadre commun à l'ensemble des actions liées à la création d'algorithmes ou de codes génératifs. La référence à ce philosophe stoïcien, magistrat, poète et auteur de nombreuses œuvres morales, me semble en effet parfaitement à même d'incarner l'exigence et la hauteur de vue qui est ici nécessaire.
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C'est à la fois un sujet de société et l'occasion d'une puissante dynamique collective, citoyenne et solidaire. C'est aussi la première manifestation concrète que nous engageons d'ores et déjà, professionnels engagés de la Tech, dans l'optique de ce serment collectif que j'appelle de mes vœux. Plus que jamais dans cet environnement changeant, l'homme doit demeurer au centre du jeu. Nous croyons en une innovation qui allie performance et impact durable, où la technologie devient un véritable vecteur de progrès. Et pour y parvenir, elle a besoin de fédérer les énergies créatives dans un cadre éthique, raisonné et résolument ouvert.
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(*) Mehdi Houas est président et co-fondateur du groupe Talan. Ingénieur Télécom Paris, il débute sa carrière chez Alcatel puis intègre la Direction des Télécommunications et des Nouvelles Technologies d'IBM. Entrepreneur dans l'âme, il a créé de nombreuses entreprises comme Telease qui deviendra Groupe Valoris, le fonds d'investissement Chrysalead et en 2002 le groupe Talan qui compte jusqu'à 7 200 collaborateurs à fin 2024. De janvier à décembre 2011, il est nommé Ministre du Commerce et du Tourisme dans le gouvernement de transition tunisien et met ses activités de dirigeants entre parenthèses. Membre du Club du XXIème siècle et administrateur de Numeum, Mehdi Houas est un citoyen engagé, à la fois sur les questions de la diversité et sur les nouveaux enjeux du numérique.
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