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OPINION. « Réunion d'Istanbul : le Sommet du siècle qui fait déjà pschitt »

Sébastien Boussois

Publié le 15 mai 2025 à 05:02 - Mis à jour le 15 mai 2025 à 09:53

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. La rencontre de paix entre Zelensky, Poutine et Trump à Istanbul, prévue jeudi, semble de plus en plus improbable. Entre la résistance de Poutine aux Européens et les ambiguïtés de Trump, les négociations de paix en Ukraine restent figées, plongeant la diplomatie dans l'incertitude. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques (*)

Le suspense était à la hauteur des conséquences mondiales que pouvait avoir une hypothétique rencontre au sommet à Istanbul jeudi, entre les président Zelensky et Poutine sous égide de Donald Trump. Si le portrait de famille pouvait être alléchant a priori, il y avait un risque fort que cette image ne survienne qu'à renfort d'intelligence artificielle. Depuis que le Président américain a annoncé qu'il serait représenté par son secrétaire d'Etat Marco Rubio, on comprend déjà qu'on s'achemine tout droit vers une rencontre des seconds couteaux. Il serait logique que Serguei Lavrov représente dès lors le Président russe.

Le soutien sans faille des Européens à Zelensky ne plait certes pas à Moscou, mais parasite aussi la relation directe que Donald Trump souhaitait avoir depuis des semaines avec la Russie, sans intégrer l'Ukraine. En replaçant l'Ukraine au cœur du jeu, Emmanuel Macron et les autres leaders européens, compliquent sans le vouloir la tâche d'une résolution prochaine du conflit. Donald Trump avait repris la main en répondant au pied levé qu'il serait présent avec Zelensky pour rencontrer Poutine en Turquie jeudi. Mais Poutine, qui se retrouvait quelque part engagé, n'est-il pas désormais soulagé ? Et quid des Européens s'il venait quand même ? Et quid d'un nouvel acteur de médiation que serait la Turquie dès lors ? Honnêtement, peu croient encore à une issue favorable, entre impuissance, lassitude et dépit.

L'ultimatum fixé par les Européens le week-end dernier pour un cessez-le-feu au chef du Kremlin n'a pas plu à Poutine qui ne se laisse jamais dicter son agenda. Ce qui a été perçu comme une nouvelle « interférence » européenne alors que la négociation avec les Américains est déjà dure, pourrait avoir raison d'une réunion qui aurait pu être primordiale pour stopper enfin la guerre. On a l'impression d'être dans une course sans fin à qui décrochera un accord, face à un Président russe virevoltant et en économie de guerre donc a priori peu enclin à faire machine arrière.

En effet, depuis des semaines, Russes et Ukrainiens jouent au chat et à la souris dans les négociations censées conduire à un cessez-le-feu permanent. Chaque société au fond souhaite terminer ce conflit qui dure depuis trois ans. Avec cette rencontre à Istanbul, l'espoir renaissait, mais relevait déjà presque du miracle. Pourquoi maintenant et pas avant ou après ? Les forces militaires sont globalement figées depuis des mois, et tout a déjà été discuté et rediscuté.

On ne parle bien sûr même pas d'accord final de paix, juste d'une pause salutaire dans les combats, pour permettre d'avancer sur une solution durable. Nous sommes entre le chemin des écoliers militaire et le chemin de croix diplomatique. Alors que Donald Trump avait promis une résolution rapide dès son arrivée à la Maison Blanche, les allers et venues du président russe ont presque fini de le lasser et de démobiliser ses troupes. Ce qui a permis à l'Europe de revenir en piste. Mais Poutine ne veut pas négocier avec les Européens. C'est pour cela que lui a pris l'idée de négociations directes en Turquie jeudi. Défi immédiatement relevé par Zelensky qui, à juste titre, ne veut négocier sur place qu'avec Poutine, et pas une délégation de sbires. Or, les marrons semblent déjà tirés. Pourtant, tout l'avenir de ce conflit se jouerait sur la présence ou pas du chef du Kremlin : s'il vient (imaginons-le encore), on peut s'arrêter là, s'il ne vient pas, on repartira probablement dans un cycle infernal. En attendant, peu de temps avant le jour J, les missiles continuaient de pleuvoir entre les deux pays. L'annonce de Trump sent le roussi.

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D'ailleurs, peu comprennent actuellement ce qui pourrait encore être discuté, tant depuis trois ans, les Ukrainiens, malgré les combats et les pertes terribles ont fait des concessions sur leurs territoires, et Poutine a obtenu des gages sérieux depuis l'arrivée de Trump. Ce conflit est comme le mythe de Sisyphe et annonce les paradigmes de nouveaux conflits, dont les résolutions ne se passeront plus dans le cadre du multilatéralisme et des Nations Unies, mais qui saigneront aussi, dans la douleur de l'accouchement de négociations bilatérales, qui peuvent être faites et défaites du jour au lendemain. Et provoquer un accord mort-né. Dans ce contexte, tout devient volatile, rien n'est durablement contraignant. Et de notre côté, nous assistons donc impuissants à la mort lente mais sûre d'un système international qui nous a bercé pendant 70 ans de beaucoup d'espoirs, mais aussi d'illusions. Il a suffi de peu d'actions et de beaucoup d'aveuglement pour le laisser couler sans essayer même de le sauver.

______

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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