C'est au cœur de l'un de ses plus grands sites salins en Europe que Storengy, la filiale du groupe Engie, planche sur un projet expérimental qui vise à combler un chaînon manquant de la filière hydrogène. Depuis 2021, la société jusqu'ici spécialisée dans le stockage du gaz naturel s'est intéressée à la question du stockage, en cavité saline, de l'hydrogène. « La transition énergétique nécessite de pouvoir combiner une production d'électricité intermittente à une consommation, elle-même assez variable. C'est pourquoi nous avons besoin de solutions de stockage d'énergie en général, en passant notamment par de l'hydrogène », explique Grégoire Hévin, expert technique en cavité saline et coordinateur scientifique du projet Hypster ( « Hydrogen Pilot Storage for large Ecosystem Replication ») pour Storengy.
Malgré le retard pris par l'État français dans la révision de sa Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) - censée actualiser tous les cinq ans les objectifs pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 -, Storengy se positionne activement sur l'hydrogène. L'entreprise anticipe le développement des mobilités lourdes et des usages industriels, deux marchés clés pour cette énergie, mais dont la croissance dépendra de la capacité à stocker des volumes de plus en plus importants.
Et ce, même si les projections actuelles vont bien moins vite qu'escompté : dans un rapport publié en janvier, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) soulignait que sur les 360 gigawatts (GW) d'hydrogène annoncés d'ici à 2030 par la Commission européenne, seuls 12 GW sont en cours de construction ou ont atteint une décision finale d'investissement. L'an dernier, ce sont 1.400 projets qui ont été annoncés, parmi lesquels 10% ont été engagés. Début 2024, une étude du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ne prévoyait plus qu'une consommation de 2,5 millions de tonnes d'hydrogène décarboné par an à horizon 2030.