Scepticisme, austérité budgétaire... les acteurs de l'hydrogène s'inquiètent et demandent des engagements à l'Etat
latribune.fr
En 2020, le plan de relance de l'Etat allouait 9 milliards d'euros à la décarbonisation de l'industrie et de l'énergie, dont 2 milliards pour le développement de l'énergie hydrogène.
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Les acteurs de la filière hydrogène appellent l'Etat à tenir ses engagements dans une tribune publiée ce mercredi. Entre scepticisme et austérité budgétaire, le secteur met en garde contre une forme de renoncement.
Il y avait eu de grandes promesses et de beaux engagements pour la filière de l'hydrogène décarboné. D'abord en 2020, avec le plan de relance, l'Etat allouait 9 milliards d'euros à la décarbonisation de l'industrie et de l'énergie, dont 2 milliards pour le développement de l'énergie hydrogène. Un an plus tard, le plan France 2030 ambitionnait de faire de la France le leader de l'hydrogène vert d'ici la fin de la décennie.
Mais trois années se sont écoulées et le scepticisme succède à l'espoir et les acteurs de l'hydrogène décarboné ont appelé, ce mercredi, l'Etat à « tenir les engagements » pris pour leur filière, mettant en garde contre « une forme de renoncement », notamment face à un contexte de rigueur budgétaire. Dans une tribune signée par une centaine d'acteurs, France Hydrogène, association qui fédère les acteurs de la filière, s'inquiète :
«Face à un climat de scepticisme, rappelons que l'hydrogène est incontournable pour atteindre la neutralité carbone (...) L'hydrogène est la seule alternative pour décarboner des secteurs pour lesquels l'électrification directe n'est pas envisageable.»
Des promesses qui tardent
Le secteur s'alarme en particulier du fait que le gouvernement n'a pas produit l'actualisation attendue de la stratégie nationale hydrogène, ni lancé encore le mécanisme de soutien à la production d'hydrogène par électrolyse de l'eau. Ce dernier, doté de 4 milliards d'euros, vise à compenser le surcoût de l'hydrogène produit par électrolyse par rapport à l'hydrogène fossile, et donc à permettre à des entreprises choisies sur appel d'offres de commencer à produire de plus grands volumes.
« En septembre 2020, la France a été l'un des premiers pays à lancer une stratégie hydrogène. L'heure n'est pas au doute mais à la concrétisation des efforts engagés. Il est indispensable que l'Etat tienne ses engagements et qu'on ne perde pas de temps afin de réussir la transition énergétique et de réindustrialiser le pays », appellent les signataires.
« Alors quele soutien aux usines de fabrication d'équipements s'est concrétisé, la réaffirmation de la place de la mobilité hydrogène lourde et intensive ainsi que le mécanisme de soutien à la production d'hydrogène par électrolyse se font attendre», déplorent-ils.
Orthodoxie financière
Le secteur s'inquiète aussi de l'émergence « depuis le début de l'année d'un certain nombre de signaux » contestant le rôle de l'hydrogène dans la dépollution des transports ou de l'industrie, explique à l'AFP Philippe Boucly, le président de France Hydrogène. Mais selon Philippe Boucly, Bercy, sous la houlette de Bruno Le Maire, a mis à ce stade un holà financier. « L'orthodoxie financière » ne doit pas s'exercer « sur le dos de l'hydrogène », proteste-t-il.
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Interrogé en mai par La Tribune, - avant la dissolution de l'Assemblée nationale -, le cabinet du ministre délégué à l'Industrie et à l'Energie, Roland Lescure, n'avait pas souhaité faire de commentaire. Il rappelait simplement que la stratégie hydrogène serait dévoilée « à l'été » et que les contrats public-privé issus du mécanisme de soutien « en feront partie ».
Scepticisme européen
Ce scepticisme se retrouve un peu partout en Europe. Dans un rapport publié en janvier, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) souligne que sur les 360 gigawatts (GW) annoncés d'ici à 2030 par la Commission européenne, seuls 12 GW sont en cours de construction ou ont atteint une décision finale d'investissement.
L'an dernier, ce sont 1.400 projets qui ont été annoncés, parmi lesquels 10% ont été engagés. Un chiffre légèrement reparti à la hausse au deuxième semestre, mais qui reste « trop faible », regrettait Pierre-Etienne Franc, directeur général de Hy24, interrogé en mai par La Tribune.
Selon France Hydrogène, quelques régions ont une antériorité sur le sujet et prennent de l'avance, c'est le cas de la Bourgogne-Franche-Comté, l'Occitanie ou l'Auvergne-Rhône-Alpes. Mais depuis que la startup nantaise Lhyfe a annoncé avoir remporté l'appel d'offre pour produire 200.000 tonnes d'hydrogène par an sur le port de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), ce territoire historiquement industriel se met à rêver lui aussi d'HO2, au point de vouloir devenir « un hub hydrogène », rapporte Ouest-France. Sur les rives de la Loire, d'ici 2028, Lhyfe produira de l'hydrogène vert à l'échelle industrielle, recomposé en e-méthanol pour fabriquer du carburant maritime. EDF aimerait aussi se frayer une place parmi les innombrables sites industriels du Grand port maritime, afin de concrétiser son projet Take Kair, qui vise à produire de l'hydrogène combiné à du carbone issu d'une cimenterie et ainsi fabriquer du kérosène de synthèse. A quelques kilomètres à l'ouest, c'est la raffinerie TotalEnergies de Donges qui travaille aussi sur le sujet.