AMÉRIQUE LATINE + La nouvelle donne mexicaine préoccupe les investisseurs

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Lassés des scandales de corruption et des séquelles d'une crise financière qui a réduit de 30 % leur niveau de vie en deux ans, les électeurs mexicains ont infligé dimanche une cuisante défaite au PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), qui semble en voie de perdre sa majorité au Parlement pour la première fois depuis sa création en 1929. Dans ce qui s'annonce comme une « cohabitation » à la mexicaine, le président Ernesto Zedillo devra d'autre part composer avec le leader de l'opposition de gauche, Cuauhtemoc Cardenas, qui a été élu au poste influent de maire de la ville de Mexico, devenant en quelque sorte le deuxième personnage de l'Etat. Des ententes au coup par coup. Selon les résultats officiels portant sur 70 % des votes, le PRI obtenait 37 % des suffrages, alors qu'il faut au moins 42 % des voix pour s'assurer la majorité absolue à la Chambre (251 sièges). Habitué à gérer les affaires de l'Etat en maître absolu, le PRI n'envisage pas, du moins pour le moment, un gouvernement de coalition avec un des partis d'opposition. Une alliance avec le Parti Action nationale (PAN, conservateur), qui arrive second avec 27,77 % des voix, est exclue : le PAN est catholique, le PRI anticlérical. Et le PRI ne partage pas l'idéologie centre gauche du Parti de la Révolution démocratique (PRD de Cuauhtemoc Cardenas), qui obtient 26,37 % des voix. Au Parlement, il faudra donc trouver des ententes au coup par coup. Liberté et transparence. Ces élections donnent naissance à un régime incontestablement moins prévisible. Mais, de l'avis de tous les partis politiques, elles se sont déroulées pour la première fois dans la liberté et la transparence. Ce scrutin marque ainsi les progrès de la démocratie dans un pays qui a par ailleurs lié son destin économique à celui du « premier monde », en signant un pacte de libre-échange avec les Etats-Unis et le Canada (l'Alena) et en devenant membre de l'OCDE. Les commentateurs, à Mexico, s'accordent à dire que ce que le Mexique va perdre en stabilité relative, il va le gagner en crédibilité internationale. Bon perdant, le président Zedillo, qui est à l'origine de la réforme électorale, s'est félicité de ce qu'il a appelé « la culmination d'une grande fête démocratique ». Les analystes financiers à Mexico relèvent pourtant que la politique économique pourrait connaître un infléchissement, ce qui ne sera pas sans conséquences pour les investisseurs internationaux. Ces derniers ont fait le pari du retour à la stabilité, retournant en masse au Mexique l'an dernier avec quelque 15 milliards de dollars d'investissements directs et de portefeuille. Gray Newman, économiste chez HSBC James Capel, souligne que le maire de Mexico, une mégalopole de 18 millions d'habitants, détiendra un énorme pouvoir. « Il aura une plate-forme puissante pour promouvoir son programme économique », note-t-il. Soubresauts. Un programme qui est aux antipodes des recettes imposées par le Fonds monétaire international. Il prône un accroissement du déficit budgétaire pour relancer la consommation et l'emploi, un impôt sur les investissements étrangers à court terme et une remise en cause de la création récente des fonds de pension. Les investisseurs étrangers pourraient vivre à nouveau quelques soubresauts. Blanca Riemer

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