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« Nous travaillons à un volet numérique du plan de relance »

La Tribune

Publié le 13 mars 2009 à 00:29 - Mis à jour le 13 mars 2009 à 00:29

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Vous revenez de Corée et du Japon. Quel enseignement en tirez-vous pour le développement numérique de la France ?Ces pays sont très orientés technologies, mais ils pensent plus en termes de performance que d'usages. On nous présente des objets façon « couteau suisse à 72 lames », mais sans savoir à quoi ils servent. Par exemple, j'ai vu une cravate avec une puce RFID [puces électroniques émettrices d'information, Ndlr] ! C'est sans intérêt. À côté de cela, il existe des parcours urbains en puces RFID pour guider les cannes blanches. En Corée, le patron de Samsung réfléchit au fait que la valeur ajoutée est en train de migrer des équipements, du « hardware », vers les usages, et qu'il va devoir lui aussi évoluer, comme Nokia avec son portail de services Ovi.Qu'avez-vous appris sur la télévision mobile personnelle (TMP) ?On dit que c'est le paradis de la TMP. C'est vrai, c'est un immense succès populaire, surtout en Corée. Au Japon, la consommation est moins massive en l'absence de continuité de service dans le métro. Mais ce n'est pas du tout un succès industriel. Personne ne gagne d'argent avec la TMP. En Corée, c'est un succès avec 15 millions de terminaux en circulation, l'État en ayant donné gratuitement, mais cela n'a pas rapporté beaucoup de publicité en plus et l'opérateur SK ne fait pas son beurre : son équilibre se situait à 2,5 millions d'abonnés mais son service par satellite plafonne à 1,7 million, notamment parce qu'il est concurrencé par une offre gratuite par voie terrestre. Deux problèmes se posent : celui du modèle économique et celui de savoir s'il faut des contenus ad hoc.Quelles conclusions en tirez-vous pour la TMP en France, qui semble enlisée ?Je ne reviens pas avec un modèle tout fait. Il reste à construire. C'est plutôt stimulant. Finalement, en matière de numérique, la vraie innovation se situe dans le modèle économique plus que dans la technologie. Nous lançons demain une mission, confiée à Cyril Viguier, pour relancer le projet. Ce n'est pas un médiateur : il n'y a pas de conflit. Il n'y a pas de discussion, le projet est au point mort. Par le passé, les idées étaient très arrêtées sur le modèle économique, je crois que les choses se sont décantées. Il aura un rôle de facilitateur, il aura le temps d'écouter tout le monde et de voir comment les positions ont évolué d'ici au 30 avril. Nous ferons alors des propositions pour construire ensemble un projet sur une chaîne de valeur.Faut-il remettre à plat le projet, notamment l'attribution des licences aux chaînes historiques, qui est une exception française, ou le choix de la norme DVB-H ?On ne s'interdit pas de piste. Mais sur la norme, la France a fait le choix du DVB-H. L'objectif n'est pas de tout déconstruire, les choses avaient bien avancé. Quant à la question de savoir si les chaînes doivent produire des contenus ad hoc, elle peut être réglée dans un second temps. L'expérience coréenne n'a pas permis de trancher.Le contexte de crise ne compromet-il pas ce projet ?La télévision mobile personnelle sera tirée par les usages, par la demande. Toutefois, le contexte économique n'est pas forcément adapté à un lancement immédiat à grande échelle. Mais on peut imaginer un lancement sur un petit pied d'abord, pour tester une chaîne de valeur. Il faut aussi voir qu'il y aura des créations d'emplois et de compétitivité derrière ce projet. Certains disent que la TMP, ce sont des terminaux fabriqués par Samsung en Corée, mais la valeur se situe du côté des services.Le numérique n'est-il pas le grand absent du plan de relance ?J'ai justement vu, mardi, Patrick Devedjian, ministre de la Relance. Nous travaillons ensemble à ce que pourrait être un volet numérique du plan de relance. Dans ce plan, les trois quarts des investissements portent sur 2009 et le solde sur 2010, rien au-delà. Ce ne sont pas des investissements qui s'étaleraient sur le moyen et le long terme, mais plutôt l'accélération de projets déjà prêts. En Corée, le problème est identique : le plan de relance ne porte que sur les infrastructures, et pas sur la technologie numérique car c'est à 90 % de l'export. Il est trop tôt pour dire quels investissements pourraient être faits dans le cadre du plan de relance. L'initiative privée ne manque pas dans le numérique. Le rôle premier des pouvoirs publics est de créer les conditions favorables à l'investissement privé. Il y a quelque chose à faire dans le triangle réseaux-innovation-contenus. Il faut faciliter la création des réseaux, mais ces derniers ne sont rentables que s'il y a des usages. Je suis convaincue que c'est dans les contenus que la valeur se situera dans les dix prochaines années. Les réseaux vont devenir une commodité.Comment l'État peut-il stimuler les usages ?Par exemple, par le télétravail. Il existe une proposition de loi très intéressante sur le sujet au bureau de l'Assemblée nationale. C'est un beau projet qui combine les dimensions environnement, travail et numérique. Il faut aussi développer l'administration en ligne, notamment au travers de l'authentification sur Internet. Je veux que nous sortions, d'ici à quelques mois, une carte d'identité électronique, qui permettra une signature électronique. Lorsqu'on parle plan de relance, on pense haut débit, très haut débit, fibre optique. Je ne suis pas seulement le ministre du réseau, du débit, du nombre de mégabits qui arrivent chez vous, mais aussi de l'usage que vous voulez en faire. Mon titre est ambigu : derrière le développement de l'économie numérique, il y a aussi la société numérique.Et sur le paiement sans contact, le Japon est-il un modèle ?Le paiement sans contact y est en effet très développé. Mais un peu par défaut : les banques ne sont pas parvenues à se mettre d'accord sur un protocole unique de carte de paiement. Les cartes de paiement sans contact qui sont développées par la société de chemin de fer ou la chaîne d'épiceries Seven Eleven ne sont pas transférables en France. Elles n'apportent rien de plus que notre carte bancaire. En revanche, l'expérience du paiement avec le téléphone mobile me semble intéressante. Au Japon, la convergence passe par le téléphone mobile. Le paiement avec le téléphone portable, j'y crois, il y a une vraie valeur ajoutée, on peut imaginer une fusion avec le porte-monnaie électronique Moneo.Qu'espérez-vous de la prochaine table ronde sur les antennes de téléphonie mobile ?Nous sommes dans une situation paradoxale qui ne satisfait personne. Tout le monde est préoccupé. Même s'il n'y a pas véritablement de base scientifique, les riverains sont inquiets. De leurs côtés, les opérateurs rappellent que l'État impose des obligations en matière de couverture du territoire, avec un risque de sanctions financières, ce qui passe par l'installation d'antennes. Il n'y a jamais eu de discussions collectives sur ce sujet. Il y a plusieurs pistes de travail possibles : mutualisation des antennes, comparaison internationale, notamment sur la norme d'émission maximale, investissement pour une recherche scientifique crédible et indépendante. En revanche, une approche de précaution se justifie pour les téléphones mobiles eux-mêmes. C'est pourquoi j'ai fait inscrire dans le Grenelle 2 des réserves sur l'utilisation des téléphones par les enfants, l'interdiction de la publicité s'adressant aux moins de 12 ans et la possibilité d'interdire le téléphone portable aux moins de 6 ans.Les technologies de l'information sont-elles « éco-compatibles » ?Je suis convaincue de la convergence entre les technologies propres et le numérique. Les Américains en font même un credo dans leurs universités. C'est du frottement entre les « green tech » et le numérique que vont émerger, j'en suis convaincue, les technologies de rupture et de demain, notamment dans les outils de gestion intelligente de l'énergie. Par exemple, avec le véhicule électrique, il faut un réseau intelligent qui lisse la demande afin d'éviter l'intensification des pics de charge sur nos centrales lorsque tout le monde recharge les batteries le soir. nnathalie Kosciusko-morizet, secrétaire d'État au développement de l'économie numérique

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