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Les tribulations du billet vert

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Publié le 15 avril 2009 à 09:19 - Mis à jour le 15 avril 2009 à 09:19

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Le statut de monnaie mondiale ne se décrète pas, il s'impose. Ce sont les banques centrales, les investisseurs et les producteurs de matières premières ou de biens (ceux qui fabriquent des avions par exemple) qui ont « voté avec leurs pieds », en choisissant le dollar comme l'instrument d'épargne ou d'échange qui préserve le mieux leurs intérêts, c'est-à-dire la valeur de leurs avoirs. Ces acteurs économiques n'obéissent à aucune consigne, ils font un choix collectif ? plus le choix est collectif, plus le dollar est solide, et plus le choix est rationnel.La confiance que le dollar inspire est indirectement liée à la prépondérance de l'économie américaine et à sa vitalité, à la puissance militaire des États-Unis et à la vie démocratique du pays. La plupart des acteurs considèrent en effet que le gouvernement et les institutions américaines sont les plus stables au monde, ce qui offre une garantie implicite mais précieuse à la signature du Trésor sur les « green backs », les billets verts. Côté américain, cette situation a évidemment un avantage substantiel, quoique difficile à évaluer : la demande mondiale de dollar étant jusqu'ici quasi inépuisable, les États-Unis peuvent créer de la monnaie sans limites, et à un prix plus intéressant que les autres États (les taux d'intérêt sont plus faibles, grâce à la prime de sécurité implicite). Le meilleur exemple de ce « seigneuriage » mondial est le déficit astronomique que les Américains projettent pour 2009 (12 % du PIB au minimum), pour financer leur relance.convertible en orCette prééminence mondiale n'est pourtant pas éternelle. La livre sterling a ainsi été pendant près de deux siècles la devise prépondérante, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Deux tendances convergentes sont alors apparues. Le déclin britannique d'abord, puisque le pays a accumulé des dettes considérables avec les deux guerres et la crise des années 30, et qu'il a sauvagement dévalué la livre en 1931, ébranlant la confiance des investisseurs. Et l'extraordinaire montée en puissance de l'industrie américaine, couronnée par l'ascendant politique des États-Unis après la guerre. C'est la conférence de Bretton Woods, en 1944, qui consacre le dollar, en lui donnant le statut alors officiel de monnaie mondiale, seule devise à être convertible en or. Il aura donc fallu près de trente ans au nouveau roi pour détrôner l'impératrice britannique. Peut-être un processus analogue a-t-il débuté avec notre crise, corrodant silencieusement les bases du pouvoir monétaire américain, au profit d'une puissance émergente qui pourrait être la Chine. Dans trente ans ?François Lenglet

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