La diplomatie russe marque des points en Turquie et en Biélorussie

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Àl'issue de sa visite à Minsk, lundi, Vladimir Poutine peut se flatter d'avoir replacé la Biélorussie dans l'axe moscovite. De belles promesses gazières ont en effet permis de calmer (provisoirement ?) les velléités du président biélorusse, Alexandre Loukachenko, de se rapprocher de Bruxelles. Les économistes estiment entre 2 et 4 milliards de dollars par an la subvention russe à l'économie biélorusse via des tarifs pétroliers et gaziers très loin des cours mondiaux.Le Premier ministre russe a également loué le " haut degré d'organisation " des récentes élections parlementaires biélorusses. Dénoncé par l'OSCE comme non démocratique, le scrutin n'a laissé entrer aucun membre de l'opposition dans le futur Parlement. L'offre de Bruxelles de lever les sanctions contre les officiels de Minsk n'a pas pesé lourd pour le " dernier dictateur d'Europe ", Alexandre Loukachenko.En réalité, les effets diplomatiques du gaz russe sont loin de se limiter aux pays appartenant traditionnellement à la sphère d'influence de Moscou. En témoigne l'étonnant rapprochement de la Russie avec la Turquie. Ce pays, membre de l'Otan et à la tête de l'armée la plus puissante et la mieux entraînée de la région, s'est par exemple bien gardé de voler au secours de son allié géorgien lors du conflit d'août. Pas de condamnation non plus de l'invasion, en dépit des pressions de Washington, avec qui ses intérêts diplomatiques coïncident visiblement de moins en moins. La raison ? Le gaz russe, dont la livraison couvre 65 % de la consommation turque, mais pas seulement.AFFRONT EUROPEENLe rejet de sa candidature d'entrée dans l'UE a contribué au désalignement sur le camp occidental. Les intérêts économiques parlent, car la Russie est le premier partenaire commercial d'Ankara avec 22,6 milliards de dollars de biens turcs importés. Un partenariat qui pourrait se renforcer si le russe Atomstroïexport, aujourd'hui seul en lice pour l'appel d'offres de la première centrale nucléaire turque, obtient le contrat. Si l'essai nucléaire russe était transformé, ce serait un virage radical dans la politique énergétique turque qui, à l'instar de l'UE, cherchait jusque-là à réduire sa dépendance envers la Russie.Les Européens dépendent en outre de la bonne volonté d'Ankara, dont le territoire permet à plusieurs pipelines existants ou en projet (BTC et Nabucco) de faire sortir les vastes réserves pétrolières et gazières de la Caspienne, tout en contournant le territoire russe. Plus loin à l'est, des signaux indiquent que la démonstration de force russe a pour longtemps endommagé la crédibilité de la Géorgie comme pièce essentielle du corridor énergétique vers la Caspienne. L'Azerbaïdjan (point de départ du gazoduc Nabucco) augmente depuis la fin du mois d'août ses livraisons via le port russe de Novorossisk. Autant de volumes perdus par la Géorgie. Le 24 septembre, le Kazakhstan a annoncé l'abandon d'un gros projet de raffinerie en Géorgie.En Ukraine, malgré les craintes inspirées par le conflit russo-géorgien, le " grand frère " russe marque aussi des points. Le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, en chute libre dans les sondages, est le dernier à défendre une ligne fermement opposée à Moscou. Son ancienne alliée pro-occidentale, Ioulia Timochenko (Premier ministre en sursis), s'est abstenue de critiquer l'intervention russe en Géorgie, alors qu'elle était jusqu'ici toujours très virulente contre Moscou. La crainte d'une contagion sécessionniste en Crimée (très largement russophone) pilotée de Moscou et la menace de rétorsions via l'arme des tarifs gaziers divisent profondément l'Ukraine. Le langage de la force fait toujours des merveilles à l'est du Dniepr.Hausse du budget militaire russeMoscou va dépenser 80 milliards de roubles (soit 2,25 milliards d'euros) supplémentaires en 2009 pour " de nouveaux équipements qui seront déployés dans les zones que nous jugerons nécessaires ", a indiqué Vladimir Poutine vendredi dernier. Selon le budget prévisionnel pour 2009-2011, les dépenses militaires doivent passer de 28,6 à 36 milliards d'euros, soit 14 % du budget total.

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