Les charmants clients de

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Omar Bongo considère le Gabon comme sa propriété privée, Denis Sassou-Nguesso le Congo-Brazzaville comme son butin de guerre. Les deux principaux clients d'Imeda, la société de consulting pour laquelle Bernard Kouchner a travaillé, constituent un monde à part en Afrique. Un monde fait de pouvoir à vie, de luxe, de détournements et de financement de la classe politique française. Une liste à laquelle il faut ajouter, s'agissant du président congolais, quelques dizaines de milliers de cadavres. « Difficile de se présenter comme un ardent défenseur des droits de l'homme quand on traite contre argent sonnant et trébuchant avec Omar Bongo et Denis Sassou-Nguesso », s'indigne Patrick Baudouin, le président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).En tant que doyen des chefs d'État africains, Omar Bongo jouit d'une situation particulière dans le village franco-africain. L'homme qui tient le Gabon d'une main de fer depuis quarante et un ans a muselé l'ensemble de son pays en finançant généreusement tous ses opposants.culture de prédationDenis Sassou-Nguesso, qui a dirigé le Congo de 1979 à 1992, est revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'un coup d'État qui a débouché sur une guerre civile. Antoine Glaser, qui suit les tribulations du village franco-africain depuis une vingtaine d'années pour « La Lettre du continent », s'étonne encore aujourd'hui de « l'état déplorable des infrastructures routières ou sanitaires de ces deux petits émirats pétroliers faiblement peuplés ». Le Gabon n'arrive qu'au 119e rang de l'indicateur humain de développement, malgré un PIB par tête de 6.954 dollars, 8 rangs derrière la Moldavie dont le PIB par tête est trois fois moins important (2.100 dollars).Un résultat à mettre sur le compte de la culture de prédation qui dévore ces deux régimes. L'espérance de vie au Gabon ne dépasse pas 56 ans, mais Omar Bongo s'est offert en 2007 un hôtel particulier parisien de 18,7 millions d'euros. Le président gabonais et ses homologues du Congo et de la Guinée-Équatoriale font l'objet d'une plainte en France pour « recel de détournement de fonds publics ». Une enquête de police a révélé que les familles Bongo et Sassou disposent en France d'un patrimoine immobilier de 160 millions d'euros.revenus recordLes études commandées à Imeda ont-elles changé la donne sur le terrain?? « Au Gabon, le personnel hospitalier est en grève depuis plusieurs mois pour protester contre le manque de médicaments et de matériel », explique Sylvie Nbot, secrétaire générale du syndicat de médecins Hippocrate. Bernard Kouchner se targue d'avoir contribué à la mise en place d'un système d'assurance-maladie universelle au Gabon. « Un texte a bien été adopté en août 2007, mais il n'est pas opérationnel, explique le député gabonais Jean Valentin Leyama. Aucun Gabonais ne peut se faire soigner gratuitement. »L'histoire se répète au Congo-Brazzaville. Que Denis Sassou-Nguesso commande un rapport sur la réhabilitation du CHU de Brazzaville en 2007, dix ans après avoir repris le pouvoir par les armes et encaissé des revenus pétroliers record, en dit long sur les priorités du clan Sassou. Un tribunal britannique a révélé que la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), chargée de commercialiser le brut pour le compte du Trésor public, avait vendu des dizaines de cargaisons de pétrole très en dessous de leur valeur à des sociétés écrans contrôlées par le régime. Le pétrole était ensuite revendu à son prix de marché, le régime empochant la différence. Dans les années 1990, la société Elf reversait une partie de la manne pétrolière sur les comptes personnels de Denis Sassou Nguesso et d'Omar Bongo.valse de valisesPourtant, les deux chefs d'État ont constamment bénéficié du soutien indéfectible de Paris. Omar Bongo a toujours su se montrer généreux avec ses protecteurs. « Je ne nie pas avoir aidé les uns ou les autres mais je ne veux pas que l'on dise que j'ai aidé tel parti contre tel autre », expliquait-il à propos d'une époque où le RPR se déchirait entre balladuriens et chiraquiens. Un bailleur de fonds se souvient de la valse des valises à la veille de l'élection présidentielle française de 1988. « Tous les partis, de l'extrême gauche à l'extrême droite, sont venus chercher de l'argent à Libreville. Les valises étaient remplies dans une banque locale. » En mars 2007, Denis Sassou-Nguesso mettait lui aussi ses parrains en garde dans « La Croix »?: « Vous savez, si je veux trouver quelqu'un à corrompre, ici en France, je peux le trouver. On pourrait vous lâcher des choses. »Cette générosité n'est pas gratuite. « Pour Bongo, c'est une forme d'assurance-vie, explique ce même bailleur. Il a acheté suffisamment d'amitiés en France depuis quatre décennies pour être soutenu ? militairement ? ou exfiltré en cas de difficultés internes. » Pour Denis Sassou-Nguesso, elle lui a permis d'avoir le soutien absolu de Paris auprès du FMI pour obtenir un allégement de dette. Les études d'Imeda déboucheront peut-être sur des progrès sanitaires. Un soupçon demeure. n

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