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Comment les PME gèr ent la récession

La Tribune

Publié le 23 décembre 2008 à 00:27 - Mis à jour le 23 décembre 2008 à 00:27

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Plus petites, plus fragiles, les PME ont pris rapidement la mesure des conséquences de la récente crise financière. En effet, assèchement du crédit interbancaire oblige, elles ont été confrontées les premières à voir le robinet du crédit se tarir, à la différence des grands groupes qui, s'ils choisissent de lever des fonds via l'emprunt, peuvent toujours avoir recours aux marchés financiers. En témoignent les résultats de l'enquête de la CGPME dévoilée en exclusivité par « La Tribune » (édition du 23 octobre), selon lesquels 36 % des chefs d'entreprise constatent une dégradation des relations avec leur banque. Certes, ce chiffre n'est pas si élevé. Problème, il est reproché depuis longtemps aux banques de ne pas assez participer financièrement au développement des PME.Dans ce contexte, les défaillances d'entreprises explosent. « Alors que la crise actuelle serait en passe de se résorber, cette hypothèse constitue une menace sérieuse pour le financement de l'activité. Si elle se concrétise, elle se traduira par des provisions pour pertes de la part des banques de dépôt qui se trouveront alors dans une situation encore plus fragile qu'elles ne le sont actuellement », explique une économiste. Après avoir bondi de 21 % sur un an entre janvier et juillet selon l'Insee ? ce qui représente 29.585 défaillances ?, dans un contexte de dégradation de la conjoncture nationale, européenne et internationale, les défaillances d'entreprises ont continué à augmenter au troisième trimestre. Selon Altares, celles-ci ont été au nombre de 11.400 entre juillet et septembre, ce qui représente un bond de 17,2 % par rapport à la même période en 2007. « Ce chiffre n'avait pas été approché depuis l'été 1997 », précise Thierry Millon, le responsable des études chez Altares.Ralentissement brutalLa construction et le bâtiment souffrent particulièrement. Après s'être élevées à 450.000, les mises en chantier ne devraient pas dépasser les 350.000 cette année dans un contexte de ralentissement très brutal du marché du logement neuf. Résultat, ces secteurs concentrent les plus fortes défaillances (respectivement + 43 % et + 25 % selon l'Insee). « Ce ne sont pas des cas particuliers, tous les secteurs dérapent depuis juillet », observe Thierry Millon. Ainsi, les défaillances ont augmenté de 23 % dans l'industrie hors alimentaire et de 31 % dans l'industrie des biens de consommation au troisième trimestre 2008, toujours selon le cabinet Altares. « Le commerce de détail n'est pas épargné, notamment l'hôtellerie-restauration et la vente d'équipements du logement, comme l'illustrent les difficultés de Cauval, le leader français de la fabrication de meubles », note Karine Berger, la directrice des études chez Euler & Hermes Sfac.La dimension des entreprises n'est pas un gage de sécurité, ce qui va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle les entreprises les plus modestes, en particulier les très petites entreprises de moins de 10 salariés, sont les plus promptes à rendre les armes lorsque la conjoncture se dégrade. En effet, le cabinet Altares observe que le taux de défaillance dépasse les 50 % dans les entreprises de plus de 20 salariés au troisième trimestre. L'augmentation des procédures de sauvegarde recensées par les greffes des tribunaux de commerce témoigne également des difficultés des entreprises. Elles s'élèvent à 162 au troisième trimestre 2008, contre 120 un an plus tôt.Les organisations patronales ont tiré la sonnette d'alarme. « Si l'accès au crédit est bloqué, la situation des entreprises, déjà compliquée puisque les carnets de commandes commencent à baisser, sera de plus en plus difficile dans les mois à venir. D'autant plus que les difficultés de trésorerie rencontrées par les PME se font plus précises, explique Jean-François Roubaud, le président de la CGPME. On va vers une baisse concomitante de l'activité et des investissements, qui aura forcément des conséquences sur l'emploi. Les entreprises ont commencé, cet été, par réduire l'intérim. On passe actuellement au deuxième stade : le gel des embauches. L'étape suivante, qui pourrait arriver vite, ce sont les licenciements économiques. »TransparencePour atténuer les effets de la crise, la CGPME a formulé un certain nombre de propositions. Elle souhaite notamment un gel des intérêts de retard et des pénalités dues par les PME en cas de retard inhabituel dans le paiement des cotisations sociales. Elle appelle également de ses v?ux une plus grande transparence dans les relations entre les banques et les PME. Pour y parvenir, l'organisation patronale suggère de mieux encadrer les conditions d'accès au crédit en énumérant de manière limitative les garanties exigibles par les banques. Elle veut également rendre obligatoire la communication aux PME de leur note interne, qui détermine leur capacité de financement. S'assurer que les banques contribuent réellement au financement des PME en rendant obligatoire un rapport mensuel sur les montants des financements accordés aux PME est aussi avancé. Une mesure que le gouvernement a déjà retenue. Alors que les banques se contentaient jusqu'à présent de publier épisodiquement les montants des prêts accordés aux PME, le gouvernement a réussi à les faire plier. Il aura fallu la crise pour y parvenir. C'était l'un des rares motifs de satisfaction pour le gouvernement : jusqu'à cet été, l'augmentation des défaillances d'entreprises ne s'était pas accompagnée d'une diminution des créations, dont le rythme mensuel continuait d'osciller aux alentours de 27.000 (+ 7,6 % en août sur un an, selon l'Insee). Malheureusement, même cet indicateur flanche. Selon l'Insee, le nombre de créations d'entreprise a reculé de 0,2 % en août. En septembre, la diminution des créations s'est accélérée, affichant une baisse de 2,8 % en septembre. Au total, 26.885 entreprises ont été créées en septembre contre 27.658 en août dernier. Résultat, la progression sur un an des créations d'entreprise se tasse. Alors qu'elles augmentaient encore de 7,6 % en août, elles n'affichent qu'une progression de 7,2 % un mois plus tard. Elle s'élevait encore à 9,6 % en juillet dernier.Des secteurs épargnésSur les douze derniers mois, les industries agroalimentaires (+ 48 %), l'éducation-santé-action sociale (+ 15,5 %), et les services aux entreprises (+ 11,1 %) signent les progressions les plus fortes. En revanche, les créations dans le secteur des hôtels, cafés, restaurants chutent de 4,4 %, et celles dans le secteur de l'immobilier n'augmentent plus désormais que de 2,8 %.Ce recul des créations d'entreprise annonce-t-il une tendance lourde ? Il est bien trop tôt pour le dire car, en dépit de ces deux replis consécutifs, l'entrepreneuriat reste toujours dynamique.Un dynamisme qui puise sa source dans la multiplication des mesures gouvernementales destinées à stimuler l'entrepreneuriat. Depuis 2003 et le vote de la première loi Dutreil qui simplifiait l'environnement administratif des créateurs d'entreprise, c'est plus d'une cinquantaine de mesures que le ministère des PME puis Bercy ont lancées pour favoriser la création d'entreprise. On peut notamment citer la SARL à un euro, l'exonération de charges sociales à régler la première année ou encore la réduction « ISF PME ». Cette dernière permet aux contribuables d'imputer 75 % des versements effectués dans les PME ou au profit d'organismes d'intérêt général sur leur montant d'ISF, dans la limite annuelle de 50.000 euros. Des mesures qui ont permis de faire passer le rythme annuel des créations d'entreprise de 200.000 à plus de 330.000 unités.Le pire est à venirÀ l'Insee, on refuse de voir dans ces chiffres une conséquence directe de la crise financière, estimant qu'un effondrement des créations d'entreprise ne s'était pas encore produit. On craint néanmoins une accélération de la baisse sur les trois derniers mois de l'année, une baisse qui serait biaisée par la prochaine entrée en vigueur du nouveau statut de l'autoentrepreneur.Pour mémoire, le nouveau statut de l'autoentrepreneur, prévu par la loi de modernisation de l'économie (LME), entrera en vigueur le 1er janvier. Il prévoit une très forte simplification des démarches administratives et une fiscalité plus favorable pour les entrepreneurs en herbe. Reste que leur excercice est limité par un plafond : 80.000 euros par an pour une activité commerciale et 32.000 euros pour ceux qui travaillent dans les services. Des seuils qui évolueront chaque année comme le barème de l'impôt sur le revenu. Fabien Piliu Selon la définition de la Commission européenne, une petite et moyenne entreprise (PME) emploie moins de 250 salariés. Son chiffre d'affaires annuel est inférieur à 40 millions d'euros ou le total du bilan ne dépasse pas 27 millions d'euros. Autre critère, 25 % ou plus du capital ou des droits de vote ne doivent pas être détenus par une entreprise ou conjointement par plusieurs entreprises ne satisfaisant pas aux critères de définition d'une PME (hors participation des sociétés de capital-risque et investisseurs institutionnels). Une entreprise répondant à ces critères peut ainsi bénéficier d'aides d'État pour favoriser sa croissance, sans subir les foudres de Bruxelles. Concrètement, l'Insee a recensé 2,925 millions de PME en 2007, dont 32.000 ont plus de 50 salariés.Entre 2005 et 2007, 500.000 emplois ont été créés dans les PME, portant à 8,8 millions le nombre de leurs effectifs, ce qui représente 54 % des personnes actives du secteur privé. En 2007, 84.000 PME indépendantes exportatrices ont été recensées.Toujours en 2007, les PME ont bénéficié de 27 % du montant des marchés publics, estimé à 57,4 milliards d'euros.Définitionplus de 50  mesures ont été prises pour simplifier la création d'une TPE ou PME.

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