La France doit choisir sa trajectoire de sortie de crise

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oint de vue hervé mariton Ancien ministre, député UMP, maire de Crest, président du club Réforme et ModernitéLa solution à la crise est dans la volonté des Français et la stratégie des gouvernants. Thucydide rappelait que « la force de la cité n'est pas dans ses vaisseaux, ni dans ses remparts, mais dans le caractère de ses citoyens et dans celui des stratèges ». Nous refusons l'idée que la trajectoire de sortie de crise nous serait imposée. Nous voulons la choisir et la construire, entraînant l'adhésion du plus grand nombre de nos concitoyens.Qu'elles aient été causes ou révélations de la crise, certaines insuffisances de notre société sont bien établies. Les régulations financières ont été défaillantes. L'emballement de la mondialisation, comme l'explique Luc Ferry dans « Face à la crise. Matériaux pour une politique de civilisation », a conduit la politique « à perdre le contrôle sur le cours de l'histoire ». « Il fallait que la vision traditionnelle du monde fût déconstruite pour que, enfin débarrassés de vieilles lunes qui freinent la consommation, nous puissions nous y livrer sans retenue. » L'explosion des rémunérations, sans qu'elles soient expliquées par la performance des entreprises et des hommes, choque le sens commun et abîme le contrat social. Le sens de la durée, de la mesure, a été émoussé. La rigueur des hypothèses économiques a été négligée. La lecture de la société est devenue excessivement matérialiste. Que faire ? Il y aurait des évidences. Davantage d'État, davantage de règles politiques. Je n'ai pas réussi, au sein du groupe des vingt-quatre parlementaires qui réfléchit à la gestion de la crise financière et formule ses propositions au président de la République, à faire passer l'idée « d'un juste équilibre entre nouvelles régulations et économie de march頻. Nous avions parlé de « priorité du politique » ; mes collègues ont voulu muscler le propos en « primaut頻 ! Du PCF à l'UMP, la pensée unique nous guette.Et puis, le libéralisme et même la liberté seraient passés de mode. Une enquête, réalisée en 2008, fait apparaître que 57 % des Français donnent la priorité à l'égalité et 40 % à la liberté (contre 32 % et 53 % respectivement en 1981 !). François Fillon aime à dire que nous aurions gagné la bataille idéologique. N'est-ce pas plutôt une déroute qui nous menace ? À conjuguer ces évidences supposées, il n'est pas sûr que la gauche ne soit pas un jour considérée comme plus légitime pour sortir la France de la crise. Sauf si nous savons choisir et construire une trajectoire. La France vit moins mal dans la crise grâce au modèle social français. Elle dispose, grâce à ses dépenses et à ses emplois publics, de puissants amortisseurs. Mais cela ne fait pas une stratégie : pour demain, nous avons besoin d'un tremplin. Or, nos faiblesses ne sont pas résolues. Notre plan de relance a un goût très « béton-bagnole » ; son contenu en nouvelles technologies est largement insuffisant. Il est davantage défensif qu'offensif. Où est la stratégie ? La part consacrée réellement à l'environnement est très faible (à la différence d'un pays comme la Corée du Sud). Les pôles de compétitivité y ont été oubliés. La France a du talent, dans le tourisme comme dans l'industrie de défense, dans les biotechnologies comme dans le nucléaire. Soyons attentifs à les développer plutôt qu'à les brider.Mesurons aussi tout le chemin à accomplir pour assouplir nos rigidités économiques. Le rapport Attali « pour lever les obstacles à la croissance » n'a eu qu'un écho d'apparence. L'École de management de Lausanne ne classe la France qu'en 44e position parmi les 57 pays les mieux armés pour faire face à la crise. C'est la croissance qui paiera l'ardoise de la crise. C'est elle qui rend notre civilisation durable. Alors, la réforme de l'État est plus que jamais indispensable. Non pas pour plus d'État, mais pour moins et mieux d'État. Moins d'État, car nous n'aurons pas d'autre choix budgétaire possible. Mieux d'État, car il faut donner du sens à la cure : un État qui appelle à l'optimisme et favorise davantage de fraternité pour un lien social, un enracinement non exclusivement marchand, pour une société de confiance plutôt que de défiance ou d'indifférence. La droite ne doit pas subir la société de l'après-crise mais la construire. Par une politique familiale plus dynamique, par un engagement fort pour le respect de la personne et de sa dignité, tant en refusant la légalisation des mères porteuses qu'en proposant une législation soucieuse de protéger l'intimité de chacun dans l'univers technologique contemporain. La critique du matérialisme ne doit pas être le procès du capitalisme et de la croissance, mais plutôt le refus de la déferlante utilitariste.Il n'est pas question que la société politique renonce à favoriser la création de richesses. Il faut être prudent sur la morale qu'on veut y mettre. Mais on peut assurer qu'il n'y a pas que cela dans la vie des hommes comme dans la cité. « Le bonheur, une idée neuve en Europe », avez-vous dit ?

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