La finance et son syndrome

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Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, appelle cela le « syndrome du retour à la normale ». C'est-à-dire : faire comme si rien ne s'était passé. Ce syndrome, les banquiers montrent qu'ils en sont chaque jour un peu plus affligés. On le savait des grands établissements américains, tellement pressés de s'affranchir du Trésor et de sa tentative de moralisation des rémunérations. On le sait aussi, bien sûr, de la City, où Stephen Hester, le patron de Royal Bank of Scotland, sauvé in extremis par l'État britannique après des pertes historiques, s'est vu chahuter hier pour s'être fait attribuer des revenus himalayens ? plus de 11 millions d'euros. Et le retour de ces habitudes si lucratives ne se limite pas aux seuls bonus. Il se rediffuse déjà dans les métiers des banques. Dans leurs surenchères. Dans leurs prises de risque. Ce syndrome est d'autant plus prégnant que le nombre d'acteurs a, lui, diminué. Aux États-Unis, Lehman Brothers a disparu. En Europe, ABN-Amro et Fortis sont sortis du jeu et le suisse UBS joue sa survie. La tentation est donc grande de vouloir s'emparer de leurs oripeaux, de leurs équipes et de leurs parts de marché. De se positionner pour la sortie de crise. C'est ainsi que, en France, ING Direct, qui se transforme en banque à part entière, se lance dans une politique tarifaire agressive, alors que sa maison mère ne doit sa survie qu'à l'intervention salvatrice de l'État néerlandais. Que sur le marché européen de la banque de financement et d'investissement, Royal Bank of Scotland est accusé par ses concurrents de biaiser avec les règles pour mieux revenir dans la compétition. Que les débauchages d'équipes ont repris, quels qu'en soient le prix. Une grande banque française vient de perdre une dizaine de traders. Et Calyon s'est fait prendre des banquiers en Asie par Natixis, que l'on croyait pourtant loin d'être tiré d'affaire. Il va falloir beaucoup de courage aux pouvoirs politiques pour mettre fin à ces surenchères. Pour imposer à une finance qui ne demande qu'à redevenir débridée les recommandations de la Banque des règlements internationaux, la plus ancienne des institutions financières internationales : limiter les risques en jouant d'effets de levier moins importants, accepter une taille plus modeste des établissements (pour éviter qu'une trop grande concentration des établissements ne favorise une crise systémique) et faire passer le message aux actionnaires qu'ils devront se contenter de rendements moins importants? Dire cela suffit à mesurer l'ampleur de la tâche.pagay@latribune.frpierre- angel gay

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