Un casse-c ? ur chinois

L'incipit« Le Temps des Regrets, des années plus tôt, bien loin de l'instant présent. » Brian Leung est né en 1969 en Californie, d'un père chinois et d'une mère américaine. À l'image de Westen, le héros de son premier roman, « Les Hommes perdus ». Une quête d'identité, universelle et captivante, très remarquée lors de sa parution aux États-Unis en 2007.Il est donc ici aussi question de famille, mais surtout de pardon. Car Westen n'a jamais accepté que son père l'abandonne à sa tante maternelle, au lendemain du décès de sa mère. Il avait huit ans, et ce dernier lui avait promis de revenir le chercher au plus vite. Vingt ans ont passé avant que le paternel ne se manifeste. Pour proposer à son fils de le retrouver dans son pays d'origine. Et voilà les deux hommes embarqués dans un voyage en Chine, de la rancune, de la tristesse et des non-dits plein les valises.Difficile de se parler dans ces cas-là, même si c'est pourtant le but de ce périple. Aussi Leung a-t-il choisi de tisser son roman à deux voix. Celle du père, mélancolique et épuisée, alterne avec celle du fils, empreinte d'une colère froide, dans une succession de chapitres courts. Y éclatent les secrets de chacun comme autant de bombes à retardement préfigurant une réconciliation a priori impossible.une identité en erranceAu fil des pages, rédigées d'une écriture retenue, simple, fluide et sans pathos, se dessine le portrait sensible d'un jeune homme écartelé entre deux familles, deux pays, deux cultures, l'américaine ayant pris le dessus sur la chinoise au lendemain du départ du père. Westen n'en reste pas moins incapable de se construire, hésitant entre hommes et femmes, s'accommodant de relations platoniques avec les uns ou les autres.Et le père dans tout ça?? Coupable, forcément. Perdu, lui aussi. Beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Porteur d'un très lourd secret. Cet homme avait quitté la Chine enfant, quelques années après l'arrivée des communistes au pouvoir. Installé aux États-Unis, il espérait s'intégrer au plus vite, aux côtés d'une Américaine. Avant de se sentir complètement nié dans son identité, et dès lors soucieux de transmettre ses racines à son fils. De quoi permettre à Leung de mener une passionnante réflexion sur l'exil, mais aussi sur la filiation et la paternité. Yasmine Youssi« Les Hommes perdus », de Brian Leung, traduit de l'américain par Hélène Fournier. ? Editions Albin Michel, 368 p., 21,50 ?.

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