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Publié le 12 février 2009 à 00:28 - Mis à jour le 12 février 2009 à 00:28

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En quoi l'histoire permet-elle de mieux comprendre la crise ­actuelle??L'histoire est le meilleur guide, après la faillite quasi totale des économistes, qui n'avaient rien vu venir. Par ailleurs, les morts sont beaucoup plus nombreux que les vivants, et ils savent beaucoup de choses. Cela peut être intéressant d'écouter leurs conseils? et très coûteux de les ignorer.Notre crise est-elle vraiment la ­répétition de crises précédentes??Elle présente beaucoup de similitudes avec celle des années 1930, mais cette fois-ci, il y a une coopération internationale et une simultanéité dans l'action qui est impressionnante. Pour autant, je ne pense pas que cela suffira à éviter une longue période de difficultés. Les défis qui nous sont lancés sont immenses. On n'a pourtant jamais vu de tels plans de relance, aux États-Unis, en Europe, en Chine même?La relance, c'est la dernière illusion à la mode. Je suis sidéré de voir la rapidité avec laquelle tout le monde se précipite sur les recettes de Keynes, comme si la science économique n'avait rien trouvé dans les soixante-dix dernières années?! Quant aux plans de stimulation budgétaire, ils ne marcheront pas?: une crise de la dette ne peut pas se régler par davantage de dette. Toute cette affaire de keynésianisme est une supercherie totale. La dette américaine atteint déjà 350 % du PIB, celle du Royaume-Uni 500 %. C'est sans précédent.Vous y allez fort, les relances s'appuient sur des dettes publiques, réputées plus solides.Cela ne change rien. La plupart des crises précédentes étaient liées à la dette publique, ­elles n'étaient pas plus faciles à résoudre. Aujourd'hui, personne ne répond à une question simple?: qui va payer?? Il y aura des défauts de paiement massifs, comme en Argentine. Aujourd'hui, nous sommes tous des Argentins.Alors, quelles solutions, selon ­l'histoire??Ce sont les banques centrales qui vont créer de la monnaie, c'est la seule solution, que la ­Réserve fédérale s'apprête à mettre en ?uvre. Je note d'ailleurs que la Banque centrale européenne ne semble pas encline à le faire? Et il faudrait faire une sorte de pacte avec les banques, pour réduire la valeur de leurs créances et subventionner les emprunteurs avec des taux d'intérêt bonifiés sur très longue période. On va tondre les investisseurs, mais mieux vaut cela que la faillite générale, même eux peuvent le comprendre.Ici à Davos, on met en cause les banquiers. Cela vous semble justifié??Ce qui est extraordinaire, c'est que les grandes banques d'affaires avaient des « modèles » pour prédire l'avenir, et qu'ils se basaient sur les données des vingt dernières années seulement?! Leur plus grande peur, c'était le krach de 1987? Cela fait rire aujourd'hui. Pour comprendre la finance, il faut des données sur un siècle, peut-être un siècle et demi, car l'histoire est chaotique, elle est faite d'événements rares et extrêmes.Ces grandes crises comme la ­nôtre s'accompagnent toujours d'un glissement du pouvoir économique sur la planète, en faveur de pays neufs. Constatez-vous un tel rééqui­librage??Aujourd'hui, on voit très bien la montée en puissance de la Chine, sur le long terme, au détriment des États-Unis. Je suis persuadé que la crise va changer le calendrier de ce basculement, mais je suis incapable de dire dans quel sens. Elle va peut-être l'accélérer, si les États-Unis connaissent une « décennie perdue », à l'instar du Japon. Elle peut au contraire avoir des effets inverses, si la Chine est à son tour prise dans les difficultés. Cette dernière hypothèse est très vraisemblable?: on n'a jamais vu une longue période de forte croissance comme en Chine sans un krach de grande envergure. Rappelez-vous la crise asiatique?! Et peut-être les États-Unis seront-ils déjà hors d'eau.Quels autres effets géopolitiques la crise peut-elle avoir??C'est frappant de constater que les « ennemis » des États-Unis, le Venezuela, l'Iran, la Russie, sont très affectés par la crise, à cause de l'effondrement du prix du pétrole, sur lequel reposent leurs économies. Là encore, la crise peut avoir des conséquences diamétralement opposées, soit les calmer, soit alimenter leur ressentiment.Combien de temps met-on à sortir de telles crises, à s'en tenir aux leçons de l'histoire??C'est long, très long. En France, après la banqueroute de Law, au début du XVIIIe siècle, il a fallu plusieurs décennies pour retrouver un marché obligataire avec un fonctionnement normal. Et la crise elle-même n'est pas finie. Il y a encore beaucoup de pertes dans les placards, sur l'immobilier commercial notamment. Et, plus grave, la communauté financière est encore dans l'état de déni. Elle refuse de voir la gravité des événements. nPropos recueillis par François Lenglet, à Davos

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