Fracture numérique

Organiser un sommet mondial de l'information à Tunis, il fallait le faire. Les événements déplorables qui se sont produits dans la capitale tunisienne, avec l'agression de nos confrères journalistes français et belges, sont en effet le reflet des dysfonctionnements inadmissibles dans une nation où le droit à l'information est contesté. Voilà qui confère à cette réunion un caractère de plus en plus proche de la mascarade. C'est en tout cas le commentaire qui vient à l'esprit quand on observe le jeu auquel se livrent aujourd'hui les grands acteurs réunis par l'ONU, avec à la fois les positions américaines sur le contrôle de l'Internet, et la pluie de bonnes intentions affichées quand il s'agit de résorber ce qu'on appelle la "fracture numérique". Contrairement, en effet, à ce que laisse à penser le développement fulgurant d'Internet, à peine deux personnes sur dix dans le monde sont connectées via le réseau, le rapport étant identique pour ceux qui détiennent un ordinateur, alors que seulement moins de la moitié des habitants de la planète parlent au téléphone. Il y a donc urgence a mettre en oeuvre une mondialisation rapide des télécommunications et de l'informatique. Car ce sont, à l'évidence, des facteurs de progrès social et de développement économique considérables. Bien sûr, les grands fabricants mondiaux ne sont pas insensibles à ces perspectives. Quand il s'agit d'équiper demain les pays du Sud de téléphones mobiles rudimentaires, à moins de 30 dollars l'unité, ou encore d'ordinateurs portables à 100 dollars, ceux qui préconisent ces solutions et qui sont prêts à investir des millions de dollars sur la table ne le font évidemment pas sans arrière-pensée économique. Ce n'est pas pour rien que derrière ces projets, on trouve des géants comme Microsoft, AMD ou Motorola. Mais après tout, même si on perçoit bien les intérêts mercantiles qui sous-tendent ces décisions, faut-il pour autant s'ériger contre ces projets d'investissement ? Pas sûr. Car la vraie crainte, c'est que les bonnes intentions ne soient pas suivies d'effets et que le fossé de la fracture numérique entre le Nord et le Sud continue à se creuser.

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