Pot au noir

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Les historiens le savent bien : les crises bancaires sont les plus graves, en ce qu'elles affectent le centre névralgique des économies, en l'occurrence le financement de l'activité et des entreprises. Les secousses telluriques qui frappent en ce moment la finance mondiale n'illustrent que trop bien ce mécanisme. On pourrait en effet se poser la question : quel rapport entre les difficultés d'un couple américain lambda du Minnesota réduit à ne plus pouvoir payer les échéances de son prêt immobilier, et la grave crise internationale qui secoue les marchés financiers ? Comment, en somme, un problème identifié, celui de la crise des prêts hypothécaires à haut risque, important mais a priori circonscrit dans un département d'activité bancaire très usuel, le crédit immobilier, peut-il déboucher sur ce qui est devenu, depuis hier, un tremblement de terre ? Il y a plusieurs réponses à la question. La première, c'est bien sûr la façon dont le risque est désormais partagé. Vous et moi payons le prix, sans l'avoir voulu, du défaut de paiement du fameux couple du Minnesota. Ce sont là, si on peut dire, les charmes de la titrisation et de la multiplication de techniques financières que même les banquiers ne semblent plus pouvoir maîtriser. La deuxième réponse, c'est que si le risque est désormais partagé, son contrôle est si atomisé qu'il en est devenu inexistant. Qui peut, aujourd'hui, taper du poing sur la table, veiller à ce que les engagements des banques ne dépassent pas certaines limites, s'assurer de l'engagement en responsabilité des établissements... ? Manifestement pas les banquiers centraux, ni les multiples organismes de régulation nationaux, ni les gendarmes de Saint-Tropez de la SEC et autres AMF, ni personne, en fait. La finance mondiale fait semblant de découvrir avec stupeur ce qui hier encore l'arrangeait bien, en l'occurrence que les affaires Enron et autres, suivies de leurs cortèges de réglementations sur les comptes, n'ont finalement servi à rien. On en revient à ce que l'on disait déjà dès le mois d'août. Tant que les banques, qui ont la lourde responsabilité de financer l'économie, n'auront pas mis toutes leurs cartes sur la table, y compris les plus vérolées, la suspicion restera maîtresse du jeu. Avec son redoutable corollaire, la destruction de la confiance, premier moteur de la marche des affaires. On voit les dégâts que cela produit, sans que rien ne laisse entrevoir le bout du tunnel. Car si personne ne peut taper du poing sur la table dans ce pot au noir, le pire reste encore possible.

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