ÉNERGIE + Pour EDF, l'avenir n'est plus au « tout-nucléaire »

EDF ne voit plus désormais son avenir uniquement sous les couleurs du tout-nucléaire. Pour preuve, deux centrales électriques « vitrine » dont l'entreprise teste actuellement les performances industrielles. La première, à cycle combiné, vient d'être inaugurée dans le sud de l'Italie. La seconde, qui fonctionne au charbon selon la technique sophistiquée du « lit fluidisé circulant », a récemment reçu l'oscar de l'innovation de la revue américaine Electric Power International. C'est en présence du ministre italien de l'Industrie et avec toute la pompe que justifie un investissement de 3 milliards de francs dans une région où le chômage touche le quart de la population active que l'inauguration de la centrale de Tarente a eu lieu mardi. Cette centrale appartient à la société ISE (ex-IRI) qui réunit au côté d'Edison (45 %), premier producteur privé italien d'électricité, EDF (30 %) et le sidérurgiste transalpin Riva (25 %). « EDF était jusqu'à présent très marqué nucléaire. Elle s'ouvre aujourd'hui au charbon propre et au cycle combiné, ce qui constitue un pari technologique, environnemental et de rentabilité », faisait valoir Edmond Alphandéry, le président d'EDF, en marge de l'inauguration. Gageures. Toutes les conditions sont en effet réunies pour faire de la centrale de Tarente une gageure. Il s'agit de récupérer, au lieu de les brûler, les gaz de hauts-fourneaux provenant d'un complexe sidérurgique adjacent produisant 8,6 millions de tonnes d'acier par an. Or ces gaz, chargés de produits nocifs, ont une capacité calorifique médiocre et sortent sous faible pression, ce qui constitue autant de handicaps. Le projet a donc bénéficié d'aides du gouvernement italien, soucieux de limiter les importations d'énergie et la pollution, la compagnie d'Etat Enel achetant le courant à un prix supérieur au marché. « Ce projet innovant, le plus puissant de ce type jamais construit au monde, constitue pour nous une vitrine », souligne Michel Rouffet, directeur à EDF International. Deux autres projets sont déjà à l'étude à Trieste et à Piombino, en Toscane. La centrale au charbon et à lit fluidisé circulant de Gardanne est, elle aussi, une première, par sa puissance (250 mégawatts), la plus importante au monde devant celles de Point Aconi (165 MW) au Canada et de Robertson (150 MW) au Texas. Elle réunit également toutes les conditions d'une gageure : du charbon extrait de la mine voisine à un coût prohibitif, doté d'un pouvoir calorifique inférieur d'un tiers au charbon de classe international et présentant de fortes teneurs en soufre. Marché chinois. Le projet, qui représente un investissement de 1,25 milliard de francs, associe au côté d'EDF (55 %) l'espagnol Endesa (25 %), CDF (10 %) et GEC Alsthom (10 %) à travers la société Soprolif. L'unité de Gardanne, qui « a eu un fonctionnement exemplaire en mai et juin, constitue une étape clé vers des réalisations de 600 mégawatts », observe Daniel Lévy, son directeur général. Les marchés visés se situent surtout à l'international, en Chine. Les délégations chinoises se succèdent d'ailleurs sur le site. Comme le souligne Jack Cizain, le patron de l'international à EDF, « la moitié des capacités de production d'électricité qui vont voir le jour dans la prochaine décennie se situe en Asie du Sud-Est. Et la moitié de celles-ci en Chine. » Elisabeth Rochard à Gardanne et Tarente

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