Franck Riboud, adepte de la taille fine pour Danone

Ils se seraient bien passés d'être à nouveau sur le devant de la scène. Aujourd'hui, les élus des P'tits LU sont convoqués à une réunion d'urgence. Déjà, les rumeurs de cession circulent. On parle beaucoup d'un rachat par l'américain Kraft. " Nous sommes conviés ce matin pour une remise de documents - peut-être une convocation à un comité central d'entreprise - sur un projet d'évolution et d'organisation du pôle biscuits de Danone ", ne peut qu'avancer Yves Savoyat, secrétaire FO du comité central d'entreprise. 3 000 salariés, 9 usines et 3 entrepôts (Nantes, Granville, Vervins, Charleville, Jussy, Château-Thierry, Cestas [Gironde], Besançon et Toulouse) sont concernés par un éventuel changement de cette activité bâtie autour de marques célèbres (LU, Prince, Pim's, Mikado, Tuc, Cracotte..).Chez Danone, c'est silence radio. Comme prévu, Franck Riboud aassisté le 1er juillet au stade Gerland à Lyon, avec le parrain de l'événenement, Zinedine Zidane, à la finale de la 8e édition de la DanoneNations Cup. Une véritable Coupe du monde de football réservée aux benjamins (10-12 ans) du monde entier et qui a vu l'équipe nationale de l'Afrique du Sud battre la France 3 à 0.CESSIONS DE PANS ENTIERS DEPUIS VINGT ANSFranck Riboud aime les soirées foot avec son fils et ses copains, quand son père Antoine se délectait des événements mondains et culturels. Mais ce n'est pas la seule différence. Alors que l'un vouait une vénération quasi mystique à toutes les grandes marques, l'autre n'a cessé de s'en défaire. Depuis son arrivée aux commandes en 1996, il a cédé des pans entiers du groupe : en 1997, les pâtes Panzani, l'épicerie avec Carambar et la Pie qui chante, les moutardes Maille et Amora. Puis en 1998, il se sépare de l'activité historique du groupe, le verre BSN, avant de sortir de la bière Kronenbourg en 2000.Mais c'est le dossier LU qui lui crée le plus de souci. En 2001, il s'était déjà lancé dans un projet de restructuration intense. À la clé : la fermeture de 7 usines en Europe (dont 2 en France) et la suppression de 1.816 postes ou 12 % des effectifs du groupe. Tollé général ! Après deux semaines de manifestations et d'appels au boycottage des produits Danone, l'image sociale du groupe, bâtie autour du " double projet économique et social " cher à Antoine Riboud, est ruinée. Blessé, Franck Riboud, accusé de licencier pour soutenir son cours de Bourse, ne s'en est jamais totalement remis. Même si, à l'été 2005, les politiques, inventant pour l'occasion le patriotisme économique, n'ont pas hésité à voler à son secours pour protéger le groupe d'une tentative d'OPA de PepsiCo, Danone n'est plus " la cathédrale de Chartres " intouchable d'Antoine.La vente possible de la branche biscuits à l'américain Kraft, numéro un mondial du secteur depuis le rachat de Nabisco, vient le confirmer. L'américain proposerait entre 3,4 et 4 milliards d'euros. Une somme pour une activité qui a réalisé 2,2 milliards d'euros en 2006. " On tient à rester français. Danone est un des fleurons de l'agroalimentaire. Si tout s'en va aux États-Unis, on sait de quoi sera fait notre avenir. Il ne fait aucun doute qu'il y aura de la casse ", a prévenu Guy Savoyat, interrogé lundi sur les ondes d'Europe1.Si l'opération devait se réaliser, ce serait là une nouvelle cure d'amaigrissement importante pour Danone. Il ne restera que l'eau, les boissons et les produits laitiers. Un groupe totalement recentré sur la santé, comme l'a défini son PDG.UNE PROIE DE PLUS EN PLUS TENTANTEMais à force de prendre des distances avec la stratégie menée par son père, Franck Riboud ne va-t-il pas rendre trop mince la taille de Danone ? En se délestant des biscuits (16 % du chiffre d'affaires), le groupe devient plus rentable mais aussi plus fragile. L'activité biscuits, malgré tout, sert de point de stabilité face aux avenirs incertains des implantations du groupe en Chine et en Inde, en difficulté juridique avec ses partenaires locaux, Wahaha et Britannia. Surtout,Danone devient une proie plustentante encore, car de taille plus réduite.Les yeux rivés sur son cours de Bourse, son seul rempart selon lui, Franck Riboud semble craindre le développement. Il n'a mené qu'une seule opération de croissance externe dans sa carrière - l'eau en bonbonnes aux États-Unis. L'aventure s'est traduite par 750 millions de dépréciations d'actifs.

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