Alexandre Medvedev : " Le marché français est l'un des cinq plus importants pour Gazprom "

Quelle est votre stratégie commerciale sur le marché français ?Les tarifs relèvent du secret commercial. Cette année, nous avonslivré en France environ 500 millions de m3 de gaz directement auxconsommateurs ultimes. Un volume qui va croître. Nous espérons dans les quatre à cinq ans atteindre une part de marché de 10 %.Le marché français fait partie des cinq marchés les plus importants pour nous. GDF est à ce titre le partenaire clé. La combinaison entre un partenariat et la compétition pour le consommateur ultime représente pour nous une nouvelle étape.Avez-vous des projets d'échange d'actifs avec Gaz de France ?Nous n'avons pas de projets de cet ordre pour l'instant. Notre partenariat se développe avec succès, et nos relations s'améliorent. Nous avons prolongé nos contrats de livraison pour GDF. Nous avons formé uncomité de coordination entre Gazprom et GDF sur le GNL. Nous prêtons une attention particulière à ce projet très porteur, non seulement en Russie mais au-delà des frontières. Nous cherchons à déterminer comment coopérer efficacement, d'autant plus que la fusion en cours entre GDF et Suez va former un groupe leader dans la sphère du GNL.Quelle part le GNL va représenter à moyen terme dans la structure vos exportations ?Nous avons à l'heure actuelle deux projets GNL : Sakhaline 2 et Chtokman. Notre entrée à 51 % dans le projet Sakhaline 2 fera de nous des exportateurs de GNL à partir du démarrage de l'exploitation, prévu pour fin 2008, début 2009. La capacité de production totale s'élève à 9,6 millions de tonnes par an. Le GNL sera livré au Japon, en Corée et aux USA. Vers 2014, nous exporterons un total supérieur à 12 millions des tonnes. Au regard de nos exportations totales, 180 millions de m3 de gaz prévus en 2015, la part de GNL représentera un modeste pourcentage. Mais c'est un vecteur de développement important pour nous.Où en est le développement du gisement arctique géant de Chtokman ?Ce projet se développe très rapidement depuis que nous avons choisi nos deux partenaires, Total et StatoilHydro. Des spécialistes des deux groupes travaillent déjà avec nous. La production démarrera en 2013 et sous forme de GNL à partir de 2014. Elle devrait atteindre alors 23,8 milliards de m3 de gaz, un volume qui sera réparti entre les gazoducs et le GNL. Nous prévoyons de produire 7,5 millions de tonnes pour le GNL, ce qui correspond à 10,7 milliards de m3 de gaz.Total va-t-il participer au développement du gisement d'Astrakhan [2.500 milliards de m3 de gaz] ?Nous en sommes encore aux négociations préliminaires. Le gisement d'Astrakhan présente des difficultés techniques particulières (une très forte teneur en soufre) et nous étudions les aspects technologiques de cette collaboration. Il est trop tôt pour donner des détails sur la forme que prendra la coopération.Pourquoi ce regain d'intérêt pourTotal après des années de pourparlers infructueux ?Nous connaissons Total pour son évaluation économique du projet de Chtokman, pour son travail sur le gisement pétrolier de Khariaga. Son expérience sur le marché mondial de la production pétrolière et gazière est largement reconnue. Le choix de Total se base sur ses compétences tant techniques que commerciales. Dans un processus complètement transparent et ouvert, les compagnies Total et StatoilHydro ont présenté les offres les plus compétitives.Avez-vous des projets d'acquisitions en Europe ?Il n'y a pas de projet concret actuellement, mais nous envisageons une telle possibilité, si une série de conditions sont respectées. Le prix doit être raisonnable, l'acquisition doit avoir un effet stratégique, et surtout elle doit être en conformité avec les exigences du régulateur. Le troisième paquet de mesures sur l'énergie proposé par l'Union européenne pose beaucoup de questions, auxquelles pour l'instant il n'y a pas de réponses.Comment voyez-vous l'équilibre de vos ventes entre l'Asie et l'Europe à l'horizon 2015 ?Cela dépendra du volume du contrat avec la Chine. Pour l'instant, nous avons une demande de 68 milliards de m3 par an, auxquels il faut ajouter 10 à 14 milliards de m3 destinés à la Corée du Sud. Sur un volume total de 190 milliards, environ 80 milliards se vendront dans la régie Asie-Pacifique. Le reste ira en Europe, plus les exportations de GNL à destination des États-Unis et du Canada.Pourquoi l'algérien Sonatrach a-t-il mis fin à la coopération avec Gazprom ?Le mémorandum envisageait des étapes définies. Si la durée donnée du mémorandum a expiré, cela ne signifie pas que notre coopération a cessé. Elle prendra une autre forme, parce que les intérêts objectifs communs existent entre l'Algérie et la Russie dans le gaz. Je suis certain que notre coopération se poursuivra.Pas besoin du "directivisme" pour assurer la libéralisation du gazQue pensez-vous des propositions de la Commission qui souhaite une séparation de la propriété entre les réseaux de transport, la production et la vente de gaz ? La clause de réciprocité vise directement Gazprom. Deux aspects concernent Gazprom en tant que compagnie exportatrice et en tant qu'opérateur. Nous ne pouvons pas ne pas être contrariés par ces mesures, puisqu'elles mettent en doute la capacité des producteurs de gaz à assurer la sécurité de l'approvisionnement des marchés. En outre, elle pose une question fondamentale : quelles sont les conditions d'investissement, puisque sans investissements notre activité n'est pas possible. Nous avons déjà réalisé d'immenses investissements en Russie comme à l'étranger et nous en préparons de nouveaux. Les garanties sur ces investissements nous préoccupent. Quant à l'accès de compagnies de pays tiers, le projet nous semble porter un caractère discriminatoire. Nous savons qu'en Europe ces mesures sont loin de faire l'unanimité. Il y a des adversaires, comme la France et l'Allemagne. Nous estimons que les compagnies industrielles sont en mesure de résoudre beaucoup de questions relatives au développement du marché du gaz et à sa libéralisation sans avoir besoin de recourir au " directivisme ", qui prend la forme d'interdiction de posséder tel ou tel segment de l'activité.

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