La Nouvelle Economie géographique

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Un ouvrage d'à peine plus de 100 pages vient secouer aujourd'hui le petit monde des experts en développement. Analysant les forces qui ont modelé les territoires français, Laurent Davezies, professeur de l'université de Créteil-Paris XII, dynamite quelques idées solidement ancrées, en se plaçant à une tout autre échelle que l'économiste (le pays) ou le sociologue (la ville). À celle des territoires, dans cet entre-deux fort peu exploré, à une échelle où apparaissent des dynamiques inédites qui, à première vue, révèlent les limites des grandes théories économiques.On y comprend que, depuis vingt ans, les régions de France ont été moins façonnées par la création de richesses que par la captation de celles-ci, les grandes gagnantes étant les régions qui ont su attirer les revenus publics, représentant partout plus de la moitié des revenus, et les revenus privés générés dans les régions productives. Où l'on saisit aussi que la mobilité accrue des Français qui ne naissent, ni ne travaillent, ni ne meurent plus dans les mêmes lieux a, plus que n'importe où, spécialisé nos territoires : d'un côté, les régions de résidence, créatrices d'emplois, en particulier peu qualifiés ; de l'autre, les métropoles productives, dont la croissance s'est essoufflée et où se concentre la pauvreté. On voit enfin que les zones rurales renaissent de leurs cendres, les inégalités territoriales n'ont jamais été aussi faibles, et qu'en France la question sociale est comme déconnectée de celle de l'économie.De ces observations, Laurent Davezies conçoit une Nouvelle Economie géographique : " Que la géographie du revenu diverge de celle du PIB signifie qu'il existe un autre modèle que celui de la croissance, celui de la présence : plus qu'un facteur de production, le territoire est le lieu de vie d'une population. " Ce qui explique la stratégie des élus locaux : " Les revenus tirés de l'économie résidentielle pesant, en moyenne et partout, près du double des revenus tirés des activités productives en concurrence, pour les élus locaux, la question du développement concerne moins les avantages productifs des entreprises que les avantages résidentiels, condition du bien-être des ménages. " Ainsi, élu sur l'intérêt de ceux qui y dorment et non de ceux qui y travaillent, l'élu local finit par se désintéresser de l'intérêt général. Or, " sans territoires de croissance, pas de territoires de développement résidentiel, car les flux de revenus... doivent bien être générés quelque part ". En clair, " pas de revenu sans PIB ".AU COEUR DES CHOIX Si l'analyse territoriale finit par rejoindre la macroéconomie, on regrette que le professeur Davezies n'ait pas véritablement répondu à cette question, qu'il ne pose que rapidement en début d'ouvrage, comme pour mieux l'évacuer, et qui pourtant affleure tout au long du texte : si la France est dans ses territoires une économie où la captation de richesses domine, n'est-ce pas justement cela qui étouffe sa production de richesses et explique sa faible croissance ? Au coeur des choix politiques de la France, la question méritait plus que quelques paragraphes. Il manque à ce livre un vrai chapitre." La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses " , par Laurent Davezies. Seuil, La République des Idées, 10,50 euros.

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