120.000 à 170.000 chômeurs de plus en 1996

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Dans une conjoncture déjà très déprimée, les dernières prévisions de chômage établies par le ministère du Travail ne manqueront pas de faire grand bruit. Dans un document confidentiel établi fin décembre par la délégation à l'emploi, les experts du ministère du Travail prévoient que, après une diminution de 50.000 en 1995, le nombre des chômeurs augmentera en 1996 de 120.000 ou de 170.000, selon les scénarios de croissance retenus. Croissance faible, échec des mesures sur l'emploi, augmentation sensible de la population active et comportement « brutal » des entreprises : tous ces facteurs vont se conjuguer pour faire de 1996 une nouvelle année noire pour le chômage. Alors que le gouvernement s'apprête à réviser autour de 2 % l'hypothèse de croissance fixée à 2,8 % dans la loi de finances 1996, les experts du ministère du Travail font preuve d'un plus grand pessimisme. « Le ralentissement de l'économie française est sensible depuis le premier semestre de 1995, tandis que les anticipations des entreprises comme celles des ménages sont devenues négatives », constate la délégation à l'emploi. Celle-ci retient deux scénarios de croissance pour 1996 : + 1,7 % « dans le cas favorable » et + 1,3 % dans « l'hypothèse basse ». Selon les estimations du ministère, la croissance de l'emploi se ralentirait de 180.000 en 1995 à 60.000 dans l'hypothèse haute et à 10.000 dans l'hypothèse basse. Des mesures qui ne semblent guère donner de résultats Pour le gouvernement, le coup est d'autant plus rude que les mesures d'aide à l'emploi prises par le Premier ministre depuis son arrivée à Matignon ne semblent guère donner les résultats escomptés. Les experts prévoient que ces mesures « joueraient un rôle limité » puisqu'elles ne permettraient de réduire le chômage que de 30.000 en 1995 et de 5.000 en 1996. Des chiffres fort décevants pour un président de la République qui avait fait de la lutte contre le chômage la priorité de sa campagne électorale. Selon la délégation à l'emploi, ces faibles résultats s'expliquent par les choix opérés par le gouvernement. « Les mesures de création d'emplois dans le secteur privé (CIE et réduction dégressive de charges) ont un impact progressif sur le chômage, souligne-t-elle, alors que les mesures de traitement social du chômage (CES, stages adultes et stages jeunes) reculent fortement. » A l'épreuve des faits, les mesures structurelles tant vantées pendant la campagne - baisse des charges sur les bas salaires et contrat d'initiative-emploi (CIE) - se révèlent d'un très faible impact sur la baisse du chômage. La mesure de réduction des charges sur les bas salaires permettrait la création de 15.000 emplois en 1995 et 60.000 en 1996. Dans la loi de finances, le gouvernement a consacré 36,5 milliards de francs au financement des allégements des charges sur les bas salaires... Quant au CIE, il bénéficierait à 311.000 chômeurs de longue durée cette année, contre 264.000 l'an passé. Mais, en terme de créations nettes d'emplois, le résultat serait très faible : 20.000 « chômeurs évités » en 1995 et 40.000 en 1996. Ces chiffres montrent que le CIE produit un « effet d'aubaine » auprès des employeurs, attirés par la baisse des charges et la prime mensuelle de 2.000 francs, mais qu'il ne suscite que très peu d'emplois supplémentaires. Ce chiffrage ne manquera pas d'exposer la politique gouvernementale à des critiques, y compris dans la majorité, compte tenu du coût budgétaire du CIE. 11,6 milliards de francs ont été prévus dans la loi de finances 1996 pour financer 350.000 CIE. Chaque « chômeur évité » coûterait donc au budget quelque 276.000 francs... L'effet des mesures sur l'emploi reste encore important, mais se ralentirait : de 135.000 emplois nets créés en 1995 à 50.000 en 1996. Cette évolution est due à la baisse programmée des contrats emploi-solidarité (CES). « La baisse sensible des CES en 1996 - 500.000 contre 715.000 en 1995 - se traduirait par 100.000 chômeurs de plus », notent les experts. Seule la nouvelle mesure de préretraite Unedic pour les salariés ayant cotisé au moins quarante années à l'assurance vieillesse pourrait compenser partiellement ce reflux puisqu'elle éviterait l'inscription au chômage de 5.000 personnes en 1995 et 20.000 en 1996. La faible croissance va conduire les entreprises à ajuster rapidement leurs effectifs à la baisse. La délégation à l'emploi note que « le cycle conjoncturel de l'emploi semble plus court : 2 à 3 trimestres au lieu de 4 à 5 d'habitude ». En conséquence, « le ralentissement de la croissance pourrait se manifester par un ajustement brutal et rapide de l'emploi », car les gains de productivité réalisés par les entreprises « resteraient insuffisants pour maintenir leur compétitivité face à la concurrence internationale exacerbée ». Les prévisions sur l'évolution de la population active contribuent encore à noircir le tableau. Après une croissance modérée de l'ordre de 130.000 en 1995, la popula- tion active augmenterait de 175.000 cette année, « les arrivées sur le marché du travail ne pouvant être différées longtemps, notamment celles des jeunes et des femmes ». DELPHINE GIRARD

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