Allemagne : croissance déprimée, impasse sur le budget assurée

Semaine noire pour l'économie allemande ! Les mauvais chiffres (encore provisoires) annoncés hier - la croissance du PIB panallemand n'aurait pas dépassé 1,9 % en 1995, relancent les interrogations à la fois sur le « bouclage » du budget de Bonn pour 1996, sur ses capacités à respecter les critères de Maastricht et sur les possibilités d'une relance. « L'objectif des 2 % (de croissance du PIB) ne pourra être tenu » en 1996, a déjà prévenu le ministère de l'Economie, qui rend la vigueur du mark, les hausses salariales élevées et l'aggravation de la pression fiscale responsables des mauvais résultats de 1995. Malgré cette faible croissance attendue, le grand argentier de Bonn, Theo Waigel, maintient toujours ses objectifs de déficit public pour 1996, soit autour de 110 milliards de marks, dont 60 milliards de déficit fédéral. Alors que le déficit public de l'an dernier s'est élevé à 124,5 milliards de marks, selon les indications de l'Office des statistiques de Wiesbaden (3,6 % du PIB), creusé par la dégradation des comptes de l'assurance maladie (autour de 10 milliards de marks de déficit) et de ceux des collectivités locales.Pour que Bonn remplisse le critère de convergence « maastrichtien » du déficit public, il faudrait que les déficits allemands n'excèdent pas 106 milliards de marks à la fin de l'année. Vers un gel des salaires des fonctionnaires Ce qui implique à la fois la poursuite de la rigueur budgétaire et l'abandon de toute idée d'allégement fiscal complémentaire. Pour le budget, qui n'est toujours pas bouclé à Bonn, Theo Waigel a déjà annoncé son intention de geler les salaires des fonctionnaires et de réaliser des économies dans le domaine social. Mais l'opposition SPD, qui détient la majorité au Bundesrat et qui conteste les coupes dans les prestations sociales (10 milliards de marks), va se battre pour amender le projet de budget. Quant à la pression fiscale, le chancelier Kohl a tranché le débat hier en critiquant sévèrement ses alliés libéraux du FDP qui réclament de nouveaux allégements, et notamment la suppression de la taxe de solidarité (7,5 % de l'impôt sur le revenu). Reste la rumeur récurrente qui veut que Bonn serait prêt à augmenter le taux de TVA, actuellement de 15 %. Mais les économistes n'y croient guère, en raison de ses effets sur la consommation, qui n'a crû que de 1,3 % l'an dernier, et sur l'inflation (1,8 % en moyenne en 1995). « Un point de TVA supplémentaire rapporte de 10 à 15 milliards de marks », note cependant Patrick Mange, de la Deutsche Bank. « Le gouvernement va annoncer le 23 janvier un plan de relance pour, notamment, faire baisser le chômage. Mais d'où peut venir cette fameuse relance ? s'interroge de son côté Roland Calvo, économiste chez Commerz Financial Products à Francfort. Les allégements fiscaux déjà acquis représentent 14 milliards de marks net. La Bundesbank table ainsi sur une croissance de 2,5 % de la consommation cette année, ce qui est optimiste car cela sous-tend que l'ensemble du pouvoir d'achat supplémentaire est consommé. En fait, les seuls espoirs résident dans une réappréciation du dollar, qui pourrait doper les exportations allemandes, et dans l'effet des baisses de taux intervenues en 1995 sur les investissements. » ALAIN BARON

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