France : l'ampleur des prélèvements inquiète la majorité

Le gouvernement Juppé, qui a fait de la réduction des déficits publics l'alpha et l'oméga de sa politique économique, atteindra-t-il ses objectifs, à savoir le respect des critères de Maastricht ? Chaque semaine qui passe amène les observateurs à s'interroger un peu plus sur la possibilité de diminuer les déficits à 4 % du PIB en 1996, puis à 3 % en 1997. Certains responsables de la majorité, Nicolas Sarkozy ou François Léotard par exemple, s'inquiètent notamment des moyens mis en oeuvre pour y parvenir à cet objectif. Ils ne cachent pas leur crainte de voir l'accumulation des prélèvments aboutir à l'effet inverse de celui qui est recherché. En minant la consommation et la croissance, les hausses d'impôt vont faire chuter les rentrées fiscales sociales. D'où l'augmentation mécanique des déficits de l'Etat ou de la Sécurité sociale. Les conjoncturistes s'accordent à reconnaître que dans un contexte de forte croissance, ces prélèvements auraient pu « passer ». Mais la chute du rythme d'expansion, patente depuis le début 1995, si l'on élimine les facteurs purement techniques, rend cette politique de hausse d'impôts beaucoup plus périlleuse. La faiblesse de la hausse des prix, en dépit du relèvement important de 2 points du taux normal de TVA, est une preuve supplémentaire de cette déprime économique (voir Voir Evenementpage 6). D'où la demande de Nicolas Sarkozy et de François Léotard de retarder de plusieurs mois la mise en oeuvre du RDS (remboursement de la dette sociale). A l'appui de leur revendication : le fait que ce RDS est destiné à rembourser la dette accumulée par la Sécurté sociale depuis des années, et non à diminuer le déficit courant. Or, du point de vue de l'endettement public, la France est en meilleure position que l'Allemagne : son endettement représente un peu plus de 52 % du PIB, contre près de 60 % outre-Rhin. L'ennui est que la mécanique du RDS est autrement plus complexe. La mise en place de ce prélèvement va en fait contribuer indirectement à réduire le déficit courant du régime général de Sécurité sociale, à hauteur de 12,5 milliards de francs l'an. Selon toute probabilité, Alain Juppé refusera contre vents et marées tout report du RDS. Et le gouvernement fera tout pour contrecarrer le dérapage des déficits budgétaire et sociaux. Alain Lamassoure, porte-parole du gouvernement et ministre du Budget, a annoncé le week-end dernier la mise en oeuvre relativement rapide d'un gel de crédits budgétaires. « Toute perte de reettes fiscales sera compensée par des économies correspondantes », a confirmé de son côté Jean Arthuis, devant l'association française des trésoriers d'entreprise. Il n'est donc plus question de nouveau prélèvement, en sus des hausses décidées en 1995. Mais ceux-ci ne sont-ils pas déjà trop lourds ? En outre, certains experts se demandent si les économies envisagées pourront être à la hauteur de l'enjeu. IVAN BEST

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