Profil + Les femmes à la conquête du droit des affaires

Il aura fallu attendre 1997 pour que soit élue la première femme bâtonnier, Mme Dominique de La Garanderie, qui prendra ses fonctions l'an prochain à Paris. « La profession se féminise. L'an dernier, on comptait 83 % de femmes au concours d'avocat et, dans les cabinets d'affaires, elles représentaient la moitié des effectifs [Ndlr : 47 %] », explique Caura Barszcz, auteur du Guide des cabinets d'avocats d'affaires (*). D'après cette enquête, on ne compte encore que 16 % de femmes parmi les associés des cabinets d'affaires. Mais la génération montante modifie profondément la profession. Car les femmes accèdent aux responsabilités avant tout en raison de leurs cursus exemplaires. En témoignent des trajectoires comme celle de Christine Lagarde, quarante et un ans, associée depuis 1987 du cabinet Baker & McKenzie, dont elle est aussi un des responsables au plan mondial. Spécialiste reconnue du droit social et du droit de la concurrence, elle avait à peine quarante ans lors de sa nomination au comité mondial de sa firme. Exigence accrue. L'excellence de ces professionnelles ne leur ouvre pas pour autant une voie royale. « On ne peut avoir 80 % de femmes dans les équipes. Dans les recrutements, on est peut-être un peu moins exigeants avec les garçons, reconnaît Christine Lagarde. Ce qui se passe est arithmétique : je reçois 80 % de CV de filles, et de meilleure qualité que ceux des garçons. Les matières littéraires continuent d'attirer plus les filles. Et sans doute une certaine perte de prestige de la profession éloigne-t-elle les garçons. Pour réussir, il faut une approche très commerciale, très orientée "client", qui demande une certaine humilité », confirme Béatrice Delmas-Linel, trente-deux ans, avocate spécialisée en propriété intellectuelle et nouvelles technologies, qui a participé à la fondation d'August & Debouzy, créé en 1995 avec 8 avocats, et qui en compte 46 aujourd'hui. Pas de paupérisation. Une profession qui se féminise est parfois considérée comme une profession qui se paupérise. Rien de tel avec les avocates. D'après une étude de Michael Page Tax & Legal, un avocat d'affaires de sept à dix ans d'expérience avec une spécialité gagne de 550.000 francs à 2,3 millions de francs annuels (rétrocessions d'honoraires). Autre point positif : aucune de ces femmes n'a dû sacrifier sa vie privée à sa carrière. « C'est un métier où il n'y a pas d'horaire fixe - une caractéristique des professions libérales. J'utilise pleinement cette liberté d'organisation », souligne Frédérique Dupuis-Toubol, une référence dans le droit des logiciels et des télécoms et l'une des 6 femmes sur les 30 associés du cabinet Jeantet. « J'ai adopté dès leur invention les mobiles, portables, fax... outils de base de la mère de famille avocate. Je suis ainsi à l'écoute des clients en permanence », sourit-elle. Mais là où la génération montante modifie le plus les habitudes, c'est dans son souci de déléguer. « La clef du succès ? Recruter une bonne équipe et la responsabiliser !, affirme Christine Lagarde. Preuves faites, on peut prendre de la hauteur, fixer les objectifs et répartir le travail. C'est-à-dire maîtriser son temps », conclut Béatrice Delmas-Linel. Armelle Ory-Lavollée © (*) Editions du Management.

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