Les non-dits de Sumitomo dans l'affaire du cuivre

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Les déclarations de Juan Pablo Davila, ancien chef trader du premier producteur mondial de cuivre, le chilien Codelco, ont jeté de sérieux doutes sur les allégations de Sumitomo. Ce dernier laisse entendre que ses dirigeants ne savaient rien des pratiques de Yasuo Hamanaka. Certes, les remarques de l'ancien trader de Codelco, poursuivi pour avoir faire perdre à sa société 170 millions de dollars en 1993 sur le cuivre au LME, peuvent apparaître comme une tentative pour limiter sa propre responsabilité. Ce dernier attend de connaître son jugement à Santiago du Chili. Pour autant, ce type d'interrogations anime aussi de nombreux opérateurs sur le marché du cuivre. Si Yasuo Hamanaka avait été un simple trader de contrats sur le LME, « les affirmations de Sumitomo laissant entendre que rien n'était remonté jusqu'à sa direction auraient pu paraître à la rigueur crédibles », remarque un professionnel dans une maison européenne de négoce. « Mais, Yasuo Hamanaka faisait aussi du physique. Or sur ce marché, le nombre d'intervenants est tel, et les besoins de sûreté en matière de préfinancements et de nantissements mettent en oeuvre tellement d'intervenants différents qu'il n'est pas crédible que le département du cuivre de Sumitomo ait pu bâtir une muraille de Chine autour de ses opérations. » 250.000 tonnes de cuivre dissimulées L'importance des engagements de Sumitomo sur le marché physique du cuivre ainsi que la taille des tonnages dissimulés par Yasuo Hamanaka (250.000 tonnes) ne pouvaient pas être complètement occultées, remarque-t-on dans la profession du négoce : « Un bateau de cuivre, ça se voit. Pour le faire bouger, il faut des signatures, des connaissements, la mise en oeuvre de toute une logistique qui peut difficilement passer inaperçue. » Surtout, « le département du cuivre de Sumitomo n'hésitait pas à rachete les excédents de stocks chez les utilisateurs de métal rouge lorsque la demande de produits finis se ralentissait, y compris dans sa branche câble. Il ne pouvait monter ses opérations à l'insu de tous », rappelle une ancienne contrepartie de Sumitomo. Certes, les statistiques du marché mondial du cuivre sont très imprécises. Le Groupe d'études du cuivre qui, à Lisbonne, tente de collecter des chiffres fiables sur la production mondiale est le premier à reconnaître leur manque de fiabilité, près d'un tiers des données étant élaborées à partir d'estimations. En revanche, les flux sur le cuivre sont relativement bien cernés. L'ampleur des mouvements occultes mis au compte de Yasuo Hamanaka n'a pu échapper aux responsables du Groupe d'études sur le cuivre. Une structure dont précisément l'un des administrateurs par qui les données transitent avant d'être publiées n'est autre que le président de la filiale câble électrique de Sumitomo. Guy-André Kieffer

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