Des dirigeants contraints d'améliorer le contrôle des risques

La France est décidément un pays où il fait bon vivre. Et où, dans le monde des affaires, la tolérance est érigée en vertu première. Après la perte colossale qui a fait trembler les fondations de la Société Générale, Daniel Bouton a présenté sa démission au conseil d'administration, qui l'a refusée en lui renouvelant sa confiance, tout comme à l'équipe de direction. Le patron de la banque de financement et d'investissement (BFI), Jean-Pierre Mustier, a lui aussi offert sa démission à son président qui l'a derechef maintenu dans ses fonctions. Dans les pays anglo-saxons, États-Unis en tête, le conseil d'administration n'aurait sans doute pas été animé de la même ferveur protectrice.Si le top management de la Société Générale s'en tire grâce à l'indulgence des administrateurs, cela ne suffira pas à rassurer tous ceux qui commencent à s'interroger sérieusement sur la robustesse du système de contrôle interne dans la banque. Le trader ayant, si l'on se réfère aux indications de Daniel Bouton, construit sa position tout au long de l'année 2007, comment les systèmes de contrôle de la Société Générale ont-ils pu ignorer la situation ? Une telle porosité dans des processus de contrôle réputés fort coûteux car très fiables laisse rêveur. L'agence Fitch Ratings, qui a dégradé hier matin la note de la Société Générale, reconnaît certes la spécificité de la fraude, mais elle estime que son ampleur " soulève des questions sur l'efficacité des systèmes de la banque ".LA SECURITE, NERF DE LA GUERREPour un établissement financier aux multiples interventions sur le marché des capitaux, la sécurité c'est le nerf de la guerre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les explications de la Société Générale sur la fraude dont elle a pâti sont tellement nébuleuses qu'elles ne permettent pas de comprendre comment le système de contrôle a pu être contourné. Elie Cohen, professeur d'économie à Sciences po, relevait hier : " Les procédures de contrôle interne se sont révélées dramatiquement insuffisantes. "Dans un monde financier en pleine crise de confiance depuis l'été dernier, faute d'avoir été capable de lister en toute transparence ses engagements risqués, cette affaire tombe au plus mal. De mauvais esprits ne manqueront pas de souligner que si les banques ne parviennent pas à identifier les risques qu'elles encourent, elles peuvent se faire gruger, pour des montants colossaux, par de jeunes traders. De quoi aggraver la perception de la crise et mettre à mal la réputation de la Société Générale. Une chose est sûre, la banque va devoir renforcer ses procédures de contrôle interne et inciter le management de chacune des activités de marché à une plus grande vigilance. Après les années de folle exubérance financière, d'abondance de liquidités et de gains faciles, l'attention retombe davantage que dans les périodes de vaches maigres et de déprime boursière.Le scandale qui met à mal la Société Générale va-t-il ternir l'image de la place de Paris ? Il est sans doute trop tôt pour se forger une opinion, même si certains professionnels ont la dent très dure sur la Société Générale. Il semble néanmoins que la malédiction des traders s'abat sur les banques françaises : au mois de septembre un " trader fou " a fait perdre 250 millions à Calyon, et voilà que maintenant un " trader fraudeur " fait vaciller la Société Générale.

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