Londres se résout à nationaliser Northern Rock

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Au terme d'un week-end interminable, au cours duquel il a essayé en vain d'arracher des offres de reprises, nettement améliorées, le gouvernement britannique s'est finalement résigné à nationaliser la banque Northern Rock maintenue sous perfusion d'argent par la Banque d'Angleterre depuis cet été. Le chancelier de l'Échiquier, Alistair Darling, a expliqué hier soir, lors d'une conférence de presse convoquée d'urgence, que les deux offres sur la table, celle du consortium emmené par Virgin et celle du management de Northern Rock, n'étaient pas assez crédibles. Aussi le gouvernement va-t-il prendre le contrôle de la banque en difficulté " à titre temporaire ", en vue de la rendre au privé le moment venu.Il a déjà nommé à sa tête Ron Sandler, un vétéran de la City, crédité du redressement du Lloyd's dans les années 90. Selon Alistair Darling, aucun des candidats n'était en mesure d'assurer le remboursement des 55 milliards de livres (74 milliards d'euros) que l'État a injectés jusqu'à présent dans la banque : 25 milliards de livres de prêts accordés par la Banque d'Angleterre depuis septembre 2007 pour permettre à Northern Rock de fonctionner, et 30 milliards de livres de dettes contractées moyennant la caution du Trésor en décembre. " Par [la nationalisation] le contribuable verra l'argent qu'il a prêté à Northern Rock remboursé entièrement, avec les intérêts ", a expliqué le chancelier, en ajoutant que la banque retrouvera sa place dans le secteur privé " dès que les marchés financiers se stabiliseront ".Même justifiée au nom de " l'intérêt du contribuable ", cette décision risque à son tour de ternir un peu plus la réputation du gouvernement travailliste de Gordon Brown. Il lui aura fallu attendre cinq mois pour se résoudre à une nationalisation réclamée dès le départ par l'opposition libérale démocrate. Cette dernière était convaincue que la crise actuelle des marchés financiers n'offrait pas de conditions favorables à un engagement massif et salvateur du secteur privé. Le dénouement de cette affaire installe définitivement le doute sur la capacité du Royaume-Uni à gérer les crises financières et surtout à mettre rapidement en place des plans de sauvetage pour son industrie financière, le fleuron du pays.DISCREDITIl rappelle en premier lieu que sa banque centrale, la Banque d'Angleterre, s'est, au plus fort de la crise en août et septembre derniers, d'abord refusée à suivre l'exemple de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne en injectant massivement des liquidités sur les marchés monétaire et interbancaire en état d'asphyxie. Elle peut donc être tenue dans une certaine mesure pour responsable de la déconfiture de Northern Rock. Il démontre ensuite que le Trésor britannique, avec la FSA (le régulateur), est en mesure aujourd'hui se voir reprocher de ne pas avoir pris d'emblée la bonne décision pour Northern Rock. Ainsi les limites d'un marché financier britannique dérégulé, qui a péché par autosatisfaction, ont-elles éclaté au grand jour.Sous l'impulsion des trois autorités concernées, une réforme de la régulation a certes été mise en chantier. Mais dans l'immédiat, Gordon Brown et Alistair Darling devront gérer les retombées négatives d'une nationalisation qui reporte le Royaume-Uni aux années 70, à l'époque des sauvetages de Rolls-Royce et de British Leyland (automobiles).

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