christian bérard, L'inclassable

Il était l'ami de Jean Cocteau, Coco Chanel, Louis Jouvet, Charles et Marie-Laure de Noailles, Christian Dior, Serge Lifar, de la foule des personnages extravagants qui évoluaient sur la scène du Tout-Paris de l'entre-deux guerres. Souvent vêtu en clochard dans la vie, il adorait se déguiser. Il était de toutes les fêtes, de tous les grands bals masqués de l'époque. Une phrase de Jean Clair résume la destinée de cet être inclassable : « La gloire parisienne aura trop durablement éclipsé le génie secret et grave de Bérard. » (1987)Christian Bérard ou Bébé comme il avait été surnommé pour son physique androgyne était un homme aimable, au charme irrésistible doublé d'un grand mélancolique. Issu de la bourgeoisie conventionnelle, il n'est pas fait pour ce milieu. Très jeune, il remplit déjà des carnets entiers de scènes de cirque, de ballets et copie des modèles de robes d'après les revues de mode que recevait sa mère. Après l'Académie Ranson où il travaille sous la direction d'Edouard Vuillard et de Maurice Denis, il s'intéresse très vite au théâtre comme décorateur et créateur de costumes. Le premier, Jean Cocteau, lui confie le décor de « la Voix humaine » pièce en un acte créée à la Comédie Française (1930). Suivrons quantité de succès comme la mythique « Folle de Chaillot », de Jean Giraudoux (1945), jusqu' à la pièce ultime. Il meurt en effet au théâtre Marigny pendant la présentation de son décor pour « les Fourberies de Scapin » dont Louis Jouvet assurait la mise en scène (1947). passeur d'idéesParallèlement, ce passeur d'idées crée des éléments de décor aux teintes vives, aux mélanges inattendus, toujours empreints de poésie. Ses panneaux décoratifs, fausses fresques, faux marbres, paravents peints ornent de chics intérieurs parisiens comme celui de la fille de Jeanne Lanvin, Marie-Blanche de Polignac. Un style aux antipodes du travail austère de ses amis décorateurs du temps, Jean-Michel Frank ou Georges Geoffroy. En restent quelques rares exemples : le décor du restaurant le Méditerranée, place de l'Odéon et un tout petit salon chez Guerlain, avenue des Champs-élysées.Il se lie avec Christian Dior à la fin des années 1920. Fasciné par l'univers de la mode, il comprend vite la distance qui sépare le costume de scène du vêtement de ville. Il ne sera jamais modéliste mais influencera par ses idées ses amis couturiers et enchantera de grands magazines internationaux comme « Vogue » ou « Harper's Bazaar » avec des dessins à la gouache représentant les modèles des plus grands, Molyneux, Patou, Schiaparelli, Jeanne Lanvin... croquant aussi Chanel en robe du soir ou sur son divan à l'hôtel Ritz. Avec un goût aussi sur que son coup de crayon, comme l'a souligné Rosamond Bernier ­? fondatrice avec son mari, en 1955, de la revue d'art « L'oeil » ?, Christian Bérard dessine de ravissants défilés de femmes sans visages. Et ce vide apporte une dimension mystérieuse à son trait précis et élégant. Témoin de son époque, doué en tout, Christian Bérard laisse une oeuvre multiple et singulière qui ne doit jamais occulter celle du peintre. n Galerie Arthème, 31, rue de Beaune, Paris 75007, exposition du 28 mai au 26 juin 2010, www.arthemegalerie.com

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