« Pour Laurence Parisot, le patronat doit fonctionner comme un lobby »

Stéphane rozès, président de « conseils, analyses et perspectives »*Quelle est aujourd'hui l'image du patronat dans l'opinion ?Pour l'opinion - et Laurence Parisot n'aura pas réussi à combler cet écart -, il y a deux types de patrons : les patrons de PME-PMI et les grands patrons. Très clairement, pour l'opinion, le Medef, c'est le grand patronat, mais pas celui d'autrefois, qui était paternaliste. C'est aujourd'hui un patronat qui est vu comme prenant des décisions non pas en fonction de logiques économiques à moyen et long terme, autour des questions du travail, de la création de valeurs, mais comme essentiellement mû par une logique financière à court terme. Or, dans notre imaginaire national, la finance est perçue comme n'étant pas au service de l'économie, du travail, de la création de valeurs et comme étant en contradiction avec l'économie, qu'elle vampiriserait.C'est une vision qui est entretenue par le discours politique...Oui, il y a en France un rapport idéologique à l'argent. Et d'une certaine manière, cette façon de moraliser l'économie est entretenue parfois par Nicolas Sarkozy. Pas pour des raisons idéologiques mais parce qu'en général il a tendance à moraliser toutes les questions politiques, en séparant le bon grain de l'ivraie. Ce qui l'a conduit à parler des bons et des mauvais patrons. Ou à les convoquer à l'Élysée. Tout cela entretient cette idée qu'il y aurait deux sortes de patrons, ceux des PME-PMI qui ressemblent à leurs salariés et qui dans la crise, dans un contexte de globalisation, partagent les mêmes doutes, les mêmes incertitudes, voire le même sort, et les grands patrons, qui vivent de façon exogène.Les sondages reflètent pourtant un attachement des Français à l'entreprise ?Oui, mais il faut regarder de près ce que l'opinion investit dans le terme entreprise. L'entreprise est perçue comme le collectif des salariés. Il n'y a qu'à voir lors des conflits sociaux, on parle « des Michelin, des Conti »... Le patronat est, lui, perçu comme s'autonomisant du collectif pour se retrouver uniquement du côté de la finance.Et le Medef semble refléter ce grand patronat ?Le patronat n'est pas uniforme en France. Entre la CGPME et le Medef, il y a des options très différentes. Mais dans la vision de Laurence Parisot, il y a l'idée que le patronat doit fonctionner comme un lobby, un groupe de pression et moins comme une institution sociale. On est passé d'un patronat puissance pesant dans les rapports sociaux à un patronat d'influence, lobbyiste, plus soucieux des grands groupes et moins soucieux du patronat national. Et c'est justement ce que les Français reprochent aux grands groupes, au Medef. Car la puissance, ce n'est pas celle de celui qui impose quelque chose mais c'est celle de celui qui assume ses responsabilités.(*) Stéphane Rozès est président de CAP et enseignant à Sciences po et à HEC.

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