Chez Saint-Gobain, on ne veut voir qu'une seule tête

La crise financière aurait-elle aussi des répercussions sur la gouvernance des entreprises ? À l'origine de cette interrogation : le total revirement des modes de direction des fleurons de la cote française. En 2007, encore, les grands idéologues ne juraient que par l'efficience d'un principe dual, associant directoire et conseil de surveillance. En clair : les concepteurs des codes de bonne gouvernance incitaient vivement les grands patrons à déléguer leur pouvoir dans le but évident de rendre plus transparentes toutes les décisions importantes. Et, de fait, une bonne partie des sociétés du CAC 40 avaient alors collé à ces recommandations.Aujourd'hui, ces principes de précaution sont remis en question. En témoignent les récentes décisions d'Accor, Total, Axa, Société Généralecute; Générale, Vinci ou, bien sûr, de Saint-Gobain, qui, à l'issue de l'assemblée générale prévue ce jour, donnera les pleins pouvoirs à Pierre-André de Chalendar. Toutes ces sociétés ont décidé de regrouper les organes décisionnels au sein d'une seule instance dirigeante, autour d'un seul homme.concentration des pouvoirsLorsque Accor a annoncé ce virage managérial, l'an passé, nombre de professionnels s'étaient émus de cette « reprise en main » de Gilles Pelisson, estimant qu'il transgressait là le sacro-saint code de bonne gouvernance. Aujourd'hui, la concentration des pouvoirs autour d'une seule personne sonne, au contraire, comme une saine réaction face à un avenir de plus en plus incertain. Compte tenu des difficultés issues de la crise des subprimes, puis de financement, dans un contexte de raréfaction des investissements et d'hypothétique reprise économique, les dirigeants des grands groupes gagnent à pouvoir agir vite et fort, sans avoir à multiplier les processus décisionnels. Mais sans se tapir dans l'ombre, les PDG étant contraints d'expliquer toute décision ou orientation stratégique devant leur conseil d'administration.Un mode de direction dual présente, certes, l'avantage de scinder le stratégique de l'opérationnel. Ce qui s'avère très efficace pour les entreprises qui peuvent se permettre d'élaborer très en amont des stratégies de développement qui seront mises en place progressivement. Cela permet aussi, point crucial, de régler des problèmes de succession en conservant certains pouvoirs à un patron réticent à lâcher les rênes tout en mettant parallèlement en place un dirigeant plus jeune.Mais l'heure n'est manifestement plus aux petits arrangements entre amis. Vu le contexte macroéconomique mondial, les patrons veulent reprendre les pleins pouvoirs. C'est bien ce que compte faire Pierre-André de Chalendar, qui aura la lourde tâche de « gérer » l'héritage de Jean-Louis Beffa tout en poursuivant le développement du groupe. Le tout dans un contexte économique difficile, qui s'est notamment soldé, en 2009, par un fort recul des profits.

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