Jean-Marie Messier fait profil bas devant ses juges

Lorsqu'il était PDG de Viviendi Universal, Jean-Marie Messier (J2M) recherchait l'oeil des caméras. Désormais, il les fuit. Il s'est d'abord gardé de toute déclaration publique avant le début de son procès. Puis, mercredi matin, lors de l'ouverture des débats, il a réussi à échapper aux photographes et télévisions venus en nombre, en fuyant par une porte dérobée. Et à l'intérieur du tribunal, dans un costume sombre juste égayé par une cravate rouge, il a fait profil bas, avec même parfois des trémolos dans la voix auxquels une partie du public a du mal à croire. Il a répété plusieurs fois avoir commis « des erreurs », et pris des décisions « qui ne se sont pas révélées les meilleures ». Au sujet du rachat massif d'actions Vivendi, (effectué selon l'instruction en violation des règles boursières), J2M assure : « C'est ma décision, j'en suis responsable, je l'assume. » L'autocritique porte aussi sur le style : « Mon excès de communication était passé à la provocation », par exemple avec la déclaration sur la mort de l'exception culturelle française, qui a « coalisé les intérêts » contre lui. « à l'époque, mon image était arrogante. Mais j'ai appris qu'on peut être fier sans être arrogant. » Modestie aussi au sujet de sa société actuelle, Messier Partners, « une petite entreprise qui emploie une vingtaine de salariés ». Et modestie relative dans ses revenus : « 25.000 euros par mois » - il sera le seul à donner un chiffre mensuel et non annuel. C'est moins que les revenus pour l'année 2009 affichés par ses anciens bras droits, assis à côté de lui sur le banc des accusés : 3,1 millions de dollars pour Edgar Bronfman Jr, « légèrement plus de 500.000 euros » pour Eric Licoys. Et 1 million d'euros pour Guillaume Hannezo, aujourd'hui associé-gérant chez Rothschild. Deux regretsMais sur le fond, J2M ne concède que deux regrets. D'abord, début 2002, avoir renoncé à lever de l'argent via un emprunt obligataire. Ensuite, à la même époque, « ne pas avoir été capable de convaincre le conseil d'administration de céder l'activité environnement. Nous étions en pleine campagne présidentielle. Et certains candidats ont dit qu'il ne fallait pas vendre l'eau des Français à des étrangers ». En revanche, sur la stratégie ou la frénésie d'acquisitions, l'autocritique s'efface au profit de l'autosatisfaction. Cegetel ? « Je l'ai créé et porté sur les fonts baptismaux ». Le rachat de Maroc Telecom? « Il a été critiqué, certains dans le groupe n'en voulaient pas, mais c'est aujourd'hui un des plus beaux actifs de Vivendi. » Le portail Vizzavi ? « Nous avons été totalement surpris par la réaction des marchés, qui l'ont valorisé 20 ou 30 milliards d'euros, alors que ce n'était qu'un projet. Mais c'était l'anticipation du BlackBerry ou de l'iPhone. » La convergence ? « Il y a dix ans, on me traitait de fou. Mais aujourd'hui, ce n'est même plus une question : l'iPhone et le BlackBerry sont des démonstrations quotidiennes de cette convergence. Je crois toujours à cette vision, c'est devenu une réalité. » Le plus dur commence jeudi avec l'examen à l'audience de son parachute doré. n Lire aussi notre enquête page 11

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