La France au bord de la crise de nerfs ?

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« La France s'ennuie... » écrivait Pierre Viansson-Ponté dans son célèbre éditorial du journal Le Monde, le 13 mars 1968... Peu après une révolte sociale et sociétale d'une ampleur inédite éclatait. Novembre 2012, personne n'oserait écrire que la France s'ennuie. Au contraire, tous les observateurs scrutent le moindre petit premier signal annonciateur d'une prochaine déflagration sociale... Et pourtant, il n'est pas du tout certain que ce « grand soir » survienne, même si la conjonction de nombreux éléments pourraient donner raison aux Cassandre.Un empilement de mécontentementsDe fait, la France va mal. Flirtant avec les mille milliards d'euros, la dette publique atteint près de 90% du PIB. Les chômeurs (catégorie « A ») dépasseront bientôt le cap des 3,5 millions. Le nombre des demandeur d'emploi s'est accru de 170.000 en six mois. Les records sont proches. Et la multiplication des annonces de plans sociaux mine le moral. 8,6 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (964 euros par mois). Entreprises et particuliers vont subir en 2013 une ponction fiscale supplémentaire de 30 milliards et la dépense publique va être freinée à hauteur de 10 autres milliards ! Sans parler de la grogne des fonctionnaires dont les rémunérations vont stagner, avec le gel du point d'indice.Au niveau politique, le président de la République socialiste, fraîchement élu, dégringole dans le sondages. François Hollande dont l'élection avait suscité l'espoir de millions de Français en mai dernier - malgré un programme électoral sans fioriture et aux promesses millimétrées, loin de 1981 - ne fait pas rêver. Comment pourrait-il en être autrement alors que la nouvelle majorité est obnubilée par son désir de prouver à l'Europe  et aux marchés que la France est bien gérée et qu'elle tiendra son objectif de revenir fin 2013 à un déficit public limité à 3% du PIB. Et, de l'autre côté de l'échiquier, la guerre des chefs à l'UMP a de quoi désespérer les plus farouches militants. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la France une cocotte minute dont le couvercle menace de sauter à tout moment. Il y a peu, L'hebdomadaire anglais « The Economist », faisait d'ailleurs sa manchette sur la France, comparée à une « bombe à retardement » au cœur de l'Europe. Et la dégradation de la note de la France par l'agence Moody's n'a rien arrangé.Vers une déflagration sociale?Alors, une explosion sociale à venir ?Sans doute pas, sauf si se produit un fait divers qui dégénère, en cristallisant les mécontentements. Sinon, la France ne semble pas au bord de l'explosion. Et ce pour plusieurs raisons.Politiquement, d'abord, le gouvernement s'est employé à déminer. Le premier danger : la jeunesse, principale victime de la hausse du chômage. D'où l'accélération sur les contrats d'avenir. 100.000 sont budgétés en 2013, principalement à destination des jeunes les plus défavorisés. D'où, aussi, l'absence de difficultés pour accorder au ministre du Travail Michel Sapin 490.000 contrats aidés l'année prochaine.François Hollande a aussi une « chance » : l'extrême hétérogénéité des mécontentements. Il n'y a rien de commun entre un enseignant déçu par la politique menée par les socialistes et un PDG de start-up inquiet sur le montant de l'imposition de ses plus-values de cession. Rien non plus entre un cadre supérieur « subissant » la nouvelle tranche à 45% et un titulaire du RSA à bout de souffle.Un "calme inquiet" règne dans les entreprisesAlors, certes, il se produira ici ou la des mouvements de protestation. Mais une déflagration générale, c'est très peu probable.Troisièmement, concernant plus spécifiquement les salariés du privé, il règne dans les entreprises un « calme inquiet », comme le souligne l'association Entreprise & Personnel - qui regroupe une centaine de DRH de grandes entreprises. Des entreprises où « la toile de fond de la crise ne pousse pas aux mobilisations ni au revendications ». En d'autres termes, le risque du chômage fait peur, alors on s'accroche à son travail en espérant des jours meilleurs. De plus, les syndicats ne sont actuellement pas en situation de mobiliser pour diverses raisons. Le flottement à la CGT, d'abord, où la bataille pour la succession de Bernard Thibault - enfin réglée - a mobilisé toute l'énergie de la confédération de Montreuil. D'où peu d'appel à manifester, à l'exception de la journée du 9 octobre, avec un impact très faible. Pour une question de crédibilité, ensuite. Sans le dire explicitement, les centrales syndicales ont cependant largement contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, il s ne peuvent pas, déjà, conspuer François Hollande. D'autant plus que, fort intelligemment, le Président de la République joue avec ces mêmes syndicats la carte de la négociation et de la concertation. Difficile de mordre une main tendue.Rendez-vous à l'automne 2013Enfin, incontestablement, le climat a changé. Les Français ont pris conscience de l'importance de la crise. Les images quotidiennes sur la situation en Grèce ou en Espagne ont un effet pédagogique indéniable. La nécessité de réformes structurelles entre dans les esprits.Tous ces éléments combinés devrait permettre à François Hollande de passer sans trop d'accrocs - ce qui n'empêchera pas des crispations factuelles - l'année 2013. Une année sans élections locales ou nationales. Mais attention, pour ne pas réveiller un corps social en sommeil vigilent, il faudra absolument que de premiers résultats se fassent sentir pour la fin 2013. Notamment sur le front du chômage, comme l'a promis François Hollande. Sinon, le désespoir sera au rendez-vous. Et 2014 s'annoncera alors comme une année très difficile pour la majorité en place. 

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