Coq gaulois et dindons britanniques

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éditosIl y a la forme et le fond. La forme a été exécrable. Comme trop souvent, avec les Français, elle a été celle d'un petit coq (gaulois) qui se prendrait pour un lion. Les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le « triomphe » en Europe des « idées françaises de régulation », faisant du Royaume-Uni le « grand perdant » de la nomination de Michel Barnier à Bruxelles pour superviser la réforme des marchés financiers, étaient imprudentes et inutilement provocatrices. Cela n'a pas manqué, ulcérant l'Association des banquiers britanniques, déchaînant la presse, contraignant Alistair Darling, le chancelier de l'Échiquier, à défendre l'avenir et la prospérité des places de Londres et d'Édimbourg. La suffisance à la française a suscité outre-Manche réflexes de défense et de solidarité. C'est d'autant plus regrettable qu'outre-Manche, jamais sans doute, l'arrogance, la prééminence et l'irresponsabilité de la City n'ont été autant contestées. Les Britanniques savent depuis vendredi combien le sauvetage de leurs banques leur a coûté : 117 milliards de livres (129 milliards d'euros), soit 2.100 euros par habitant. Bien sûr, ce montant peut encore fluctuer, mais il les place loin devant les 1.100 euros consacrés par chacun des 305 millions d'Américains au renflouement de Wall Street. Quant au plan français, il a permis jusqu'ici à Bercy de récupérer 2 milliards d'euros d'intérêts? Les contribuables de Sa Gracieuse Majesté savent désormais qu'ils sont les dindons. C'est la raison pour laquelle de plus en plus de voix condamnent à Londres le refus des banquiers de la City d'amender leurs pratiques et de repenser leur métier. Lord Turner, le président de la Financial Services Authority (FSA), dénonce leur « aveuglement collectif » et leur retour aux « mentalités d'avant la crise ». Paul Myners, le secrétaire d'État à la City, ancien de Merrill Lynch, leur demande de « revenir dans le monde réel ». Il a pesé de tout son poids pour que Royal Bank of Scotland révise à la baisse le 1,5 milliard de livres (1,66 milliard d'euros) de bonus qu'elle prévoyait de verser. Bref, plutôt que d'engager la France dans un bras de fer qu'elle n'est pas sûre de gagner ? et que Londres nous fera tôt ou tard payer ?, Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de tendre la main aux responsables britanniques soucieux d'un retour à la raison. pagay@latribune.fr pierre angel gay

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