Chronique de la City : « Go East »

La City se frotte les mains. La promesse d'un méga-deal comme celui annoncé par Prudential, il y a quelques jours, rappelle aux banquiers « le bon vieux temps » d'avant la crise. L'acquisition d'AIA, la branche asiatique d'AIG, pour 35,5 milliards de dollars, devrait leur rapporter des centaines de millions de dollars d'honoraires -entre 700 millions et 1 milliard de dollars, suivant les estimations.Une émission historiqueLes banques-conseils se sont ruées sur l'occasion. Credit Suisse, qui dirige l'opération, est la banque leader. Pour garantir l'augmentation de capital, HSBC et JP Morgan Cazenove l'ont rejointe. Et pas moins de 30 banques - dont BNP Paribas, le Crédit Agricolegricole et la Société Généralecute; Générale - se sont ensuite portées sous-garantes de cette émission historique de titres Prudential : elle atteint 20 milliards de dollars, la plus importante jamais réalisée pour financer une acquisition. L'attrait de l'OrientQue ces banques en profitent ! Car l'acquisition prouve aussi que les affaires partent de plus en plus vers l'Extrême-Orient. Avec AIA, Prudential réalisera 60 % de ses nouveaux profits en Asie. Tidjane Thiam, son patron franco-ivoirien, promet qu'il n'a pour l'instant pas l'intention de déménager son siège social en Extrême-Orient, mais il avertit qu'il garde « l'esprit ouvert » sur ce sujet. Son projet d'introduire Prudential prochainement à la Bourse de Hong Kong en dit long.Les résultats de HSBC et de Standard Chartered cette semaine ont également démontré l'irresistible attrait de l'Orient. La bien nommée Hongkong and Shanghai Banking Corp. est de plus en plus tournée vers l'Asie, avec la fermeture progressive d'une partie de ses activités américaines : en 2009, elle a réalisé deux fois plus de bénéfices en Asie qu'en Europe, et elle essuie des pertes aux États-Unis. Son directeur, Michael Geoghegan, a déménagé de Londres à Hong Kong l'an dernier. Des atouts moins pertinentsQuant à Standard Chartered, elle réalise en Extrême-Orient 90 % de ses bénéfices, et elle n'est basée à Londres que pour des raisons historiques. Certes, la City conserve des atouts. « En termes de zone horaire, c'est utile d'être ici, précise Tidjane Thiam. Nous avons d'importantes activités aux États-Unis. Quand je veux mettre en place une réunion téléphonique, je le fais à 13 heures, heure de Londres : c'est la soirée en Asie et le matin aux États-Unis. » De plus, l'anglais - coup de chance pour les Britanniques - est la langue internationale, et cela compte beaucoup.Enfin et surtout, la concentration des compétences financières à Londres est indéniable. Cela fait des années que les leaders de la City se rassurent à coups d'études prouvant que Londres demeure largement plus importante que toutes les places asiatiques. C'est vrai et cela restera vrai encore des années. Mais pas éternellement. Certains, le maire de Londres, Boris Johnson, en tête, craignent que les nouvelles réglementations - et notamment la hausse des impôts sur les bonus et les plus riches - ne poussent les financiers à se délocaliser. Mais ce n'est sans doute pas le plus important. Début du déclin ou période faste ?Ce qui compte vraiment est l'argument avancé par Tidjane Thiam : l'irrésistible croissance de l'Asie. Selon lui, à parité de pouvoir d'achat, le part mondiale du PIB de l'Asie (hors Japon) était de 14 % en 1950 ; elle est aujourd'hui de 23 % ; elle sera de 32 % en 2030. La finance, par nécessité, suivra les entreprises là où elles se trouveront. La gigantesque acquisition de Prudential pourrait donc symboliser le début d'un lent déclin plutôt qu'un retour à une période faste.

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