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L'analyse de Erik Izraelewicz : Le CAC 40, des éléphants résistants

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Publié le 07 mars 2010 à 17:18 - Mis à jour le 07 mars 2010 à 17:18

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Nos éléphants tricolores - les géants du CAC 40 - ont souffert, l'an dernier, de la crise. On en trouve les stigmates dans les comptes qu'ils viennent, les uns après les autres, de publier (38 sur 40 groupes les ont déjà rendus publics). Ceux-ci révèlent néanmoins une impressionnante résistance. 2009 a été, dit-on, sur le plan macroéconomique, la pire année depuis cinquante ans au moins. Elle a été une mauvaise année pour les grandes sociétés françaises, pas la catastrophe que l'on aurait pu craindre. Le peloton a ralenti sa marche et en a profité pour se remuscler. Il y a eu, en son sein, un début de redistribution. Il s'est étiré aussi. Il s'en sort globalement plutôt bien. Aucune véritable catastropheGlobalement, les profits dégagés par les quarante premiers groupes français seront - lorsque tous les chiffres seront disponibles - en forte baisse par rapport à ceux de 2008. Rien de surprenant : c'est là la conséquence naturelle des pertes des constructeurs automobiles, de l'effondrement des résultats des banques et du recul des marges dans de nombreux autres secteurs. Toutes les sociétés du CAC 40 ont en réalité souffert de la récession. Elles ont vu leur marché se contracter - plus ou moins violemment. Elles enregistrent presque toutes un recul de leurs ventes. Ce qui est remarquable néanmoins, c'est qu'il n'y a eu, dans ce groupe, aucune véritable catastrophe - aucune faillite, aucune disparition. « Too big to fail », dira-t-on. Certes. Mais on rappellera qu'aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la crise a fait des victimes même parmi les mastodontes du pays. Un peloton qui s'est musclé... Au cours de cette « annus horribilis », les géants du CAC 40 en ont d'ailleurs profité, pour la quasi-totalité d'entre eux, pour se remuscler. Tous ou presque ont engagé, voire accéléré, des politiques très actives de réduction de coûts. Cela a sans doute pesé sur leurs sous-traitants - les PME notamment. Cela leur a néanmoins permis de limiter l'impact de la baisse de leur chiffre d'affaires sur leurs marges. On constate d'ailleurs qu'au sein du troupeau, tous ont cherché à améliorer leur situation financière en réduisant leur endettement et en reconstituant leur trésorerie. Dans son ensemble, le CAC 40 sort de la crise en meilleure santé financière qu'il n'y était entré. Grâce à de plantureuses trésoreries, signes de leurs angoisses actuelles, pour reprendre la belle expression de Martin Bouygues, la plupart des sociétés du CAC 40 sont aujourd'hui capables de résister à une crise qui se prolongerait. Elles ont surtout les moyens pour saisir des opportunités d'acquisition qui se présenteraient. ... Qui s'est étiré aussiLe peloton, remusclé, continue donc sa course. Il y a eu cependant en son sein quelques changements de position. Il s'est beaucoup étiré aussi. Les circonstances économiques générales ont certes joué dans cette redistribution des rôles à l'intérieur du peloton. Total a cédé la place à Sanofi sur le podium des profits - le premier a souffert de la chute des cours du brut, le second a profité des craintes alimentées par la grippe A. Mais, à l'intérieur de chaque secteur, les choix stratégiques ont également joué. Tous derrière et elle devant : BNP Paribas a nettement conforté son avance par rapport à ses concurrents au cours de l'année. À l'instar de la banque de la rue d'Antin, certains groupes du CAC 40 ont continué à se développer pendant la crise - Sanofi a multiplié les « mini-acquisitions », Publicis et Essilor se sont renforcés aux États-Unis, Alstom et Schneider ont récupéré une filiale d'Areva, etc.Babar est aussi parfois PanurgeLes éléphants ont enfin parfois des comportements... moutonniers ! Babar peut être Panurge. Ils ont tous adopté, en matière financière, des politiques assez proches. Idem pour ce qui concerne la distribution de leurs résultats. Si tous n'y sont pas venus, on constate néanmoins qu'ils ont, dans leur grande majorité, décidé de distribuer de généreux dividendes - même lorsqu'ils annonçaient des profits en baisse, voire même des pertes. Il est vrai qu'après ces années particulièrement agitées sur les marchés boursiers, ils ont ressenti, à juste titre, le besoin d'adresser un signe d'encouragement à destination de leurs actionnaires. Un signe nécessaire car, autre convergence au sein du peloton, tous sont restés extrêmement prudents sur les perspectives 2010. Résistant, remusclé, redistribué et un peu plus étiré, le peloton avance dans le brouillard. Il ne veut pas perdre ses derniers soutiens.

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