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Ratan Tata, l'itinéraire en or d'un jeune homme contrarié

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Publié le 18 septembre 2010 à 08:57 - Mis à jour le 18 septembre 2010 à 08:57

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Rien ne prédisposait Ratan Tata à devenir l'un des plus grands patrons de l'histoire mondiale. Né le 28 septembre 1937, il n'appartient pas à la filiation directe de Jamsetji Tata, l'homme qui a fondé le groupe indien en 1868, autour du textile et de l'acier?; c'est un descendant de l'un de ses fils adoptifs. Quand ses parents se séparent, au milieu des années 1940, il est confié, avec son petit frère Jimmy, à sa grand-mère. Lady Navajbai lui inculque les valeurs familiales. Il va à l'école dans une Rolls-Royce, conduite par un chauffeur britannique. En 1962, il sort diplômé d'architecture de l'université américaine Cornell, s'installe en Californie et commence à travailler pour Jones and Emmons. L'histoire veut qu'il ait pris ses distances avec sa famille. Mais c'est sans compter sur son oncle, le visionnaire Jehangir Ratanji Dadabhai Tata qui dirige alors avec génie l'empire familial - c'est le fondateur d'Air India?; sa mère était française (Suzanne Brière) et il est enterré au Père-Lachaise. En décembre 1962, celui qu'on surnomme le « Giovanni Agnelli indien » lui intime l'ordre de rentrer pour intégrer le groupe. On raconte que sa fiancée américaine n'aurait guère goûté ce choix de vie et aurait refusé de le suivre. Ratan Tata commence sa carrière dans la partie sidérurgique, puis dans la branche transport et les camions, pour ensuite se consacrer au développement des activités high-tech - auxquelles il croit, contre l'avis des barons de l'empire. Son oncle de nouveau l'envoie aux États-Unis, mais cette fois-ci dans un but bien précis, lui faire suivre le programme de management avancé de Harvard en 1975. L'Inde se lance à corps perdu dans un vaste programme de réformes économiques et de libéralisation de ses entreprises. Le groupe Tata traverse une zone de turbulences et Ratan Tata suscite de violentes critiques. Quand Jehangir cède les rênes en 1991 à un aussi jeune homme, les caciques du groupe le considèrent comme illégitime.Ratan Tata est un homme discret. Célibataire endurci, il ne se mariera pas. On lui connaît des liaisons, mais aucune ne sera suffisamment sérieuse au point de publier les bans. Malgré une charpente de colosse, l'homme est timide, hésitant, ne boit pas, ne fume pas et ne se prête guère aux ronds de jambes. Contrairement à d'autres patrons dans le groupe qui vivent fastueusement, lui, choisit d'habiter un appartement au sud de Bombay et conduit lui-même sa voiture. Un moment parfait selon lui ? Lire, ou se promener sur la plage en compagnie de ses chiens. Ce qui le motive?? « Je me suis souvent posé la question. Ce n'est pas l'argent, puisque je ne suis pas propriétaire du groupe. Sans doute le challenge. Chaque soir, je me couche en me disant que, au moins, je ne fais de mal à personne. J'essaie de créer du bonheur autour de moi. » Vingt ans plus tard, les critiques qui lui reprochaient de ne pas avoir l'étoffe en sont pour leur compte : il est élu businessman de l'année en 2005 par le magazine « Forbes », son parcours est exemplaire. L'internationalisation du groupe, c'est lui. Le développement technologique, encore lui. Le lancement de l'Indica, la première voiture destinée à la classe populaire, c'est lui, comme, en 2008, la mise sur orbite de la Nano, la voiture la moins chère du monde. Après des acquisitions spectaculaires, dont celles du géant de l'acier Corus, des thés Tetley mais aussi de Jaguar et de Land Rover au groupe Ford en 2008, il a réussi à hisser le groupe familial parmi les plus grands acteurs de l'industrie mondiale. Avec 98 entreprises, 65 % du chiffre d'affaires réalisé à l'étranger, le groupe figure au 11e rang des entreprises les plus puissantes au monde dans le classement « Forbes » 2009. En Inde, Ratan Tata est un héros national. Depuis le XIXe siècle, l'histoire de sa famille ne peut se dissocier de la légende nationale ; pour les Indiens, il incarne le formidable développement du pays. L'annonce de son départ en retraite à la fin 2012 fait la une des quotidiens indiens.Ratan Tata avoue se sentir bien à Cape Town. Il est installé dans le lobby du nouveau Taj Hotel (l'ancienne South African Reserve Bank) et enchaîne ses rendez-vous au vu de tous. « Une meeting room, pour quoi faire?? » Accompagné de Krishna Kurma, vice-chairman de la division Indian Hotel Companies Ltd, directeur de Tata Sons (c'est l'un des cinq membres du comité chargé de lui trouver un successeur), il ne quitte les lieux que pour dîner au Mint, l'un des restaurants de l'hôtel. « No bodyguard » - l'homme est d'un accès déconcertant. On a du mal à imaginer Lakshmi Mittal en pareille circonstance. À l'annonce de son départ du groupe, les journalistes étrangers invités pour la célébration de ce joint-venture (l'hôtel est détenu à 50 % par Eurocape alors que Tata Africa et Taj en possèdent 25 % chacun) sont étonnés, les Indiens plus encore. « J'ai 72 ans, j'ai consacré ma vie à l'entreprise, je ne veux pas sortir du groupe dans une chaise roulante ou dans une petite boîte. » La simplicité et le charisme du plus grand patron indien impressionnent. Dans la tradition parsie, c'est un philanthrope actif. Il soutient la lutte contre le sida et collabore à la Fondation de Bill et Melinda Gates. À la suite des attentats de Mumbai qui ont ensanglanté notamment le Taj Mahal Hotel, le joyau du groupe, Ratan Tata a décidé de venir en aide aux victimes?; et non seulement, il a fait indemniser les salariés du groupe (dont 31 sont morts), mais il a aussi souhaité que toutes les victimes en bénéficient. Une fondation a été créée à cet effet. Pendant le cocktail d'inauguration, l'homme se positionne en retrait, commande un jus d'orange. Les journalistes tentent une approche, il ne les éconduit pas et converse avec gentillesse. Ses aspirations?? Renouer avec ses premières amours?; créer un cabinet d'architecture. Après toutes ces années et un si joli parcours, qui oserait désormais contrarier sa vocation ? Isabelle Lefort · Jeudi 9 septembre, l'interview exclusive de Ratan Tata.

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