« Manger ou conduire »

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La croissance de la production agricole va ralentir dans la prochaine décennie. C’est l’Organisation de l’Onu pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, qui le dit dans son rapport annuel. Entre 2000 et 2012, cette production a crû au rythme annuel de 2,6%. C’était exceptionnel et difficile à soutenir. Elle ne devrait augmenter que de 1,7% entre 2013 et 2021. Contrairement aux dires de certains Cassandre, on voit que le monde produit de plus en plus de denrées. Autrement dit, la planète arrive à suivre la hausse de la demande, alimentée structurellement par l’augmentation de la population, population qui devient plus riche, notamment dans les pays émergents, qui ont fait sortir des millions de personnes de la misère. Même s\'il reste encore 870 millions de personnes qui souffrent de la faim, un chiffre qui diminue chaque année mais à un rythme de plus en plus lent.Cette hausse de la production est très contrastée. C’est surtout l’Amérique latine  (+ 50% en 12 ans) qui a le plus semé et récolté, en particulier des céréales et des oléagineux. Le Brésil (+ 70%) est aussi aux avant-postes mais, il faut le souligner, en générant beaucoup de dégats notamment sur les forêts. Bonne nouvelle, cette production a progressé de 40% en Afrique sub-saharienne de même qu’en Europe de l’Est et en Asie centrale. Elle n’a en revanche augmenté que de 20% aux Etats-Unis et de 6% en Europe de l’ouest.Les prix élevés ont constitué un moteur important de envolée. Ainsi, l\'indice des prix calculé par la FAO sur la base d\'un panier de denrées a \"plus que doublé\" en 2011 par rapport à 2000-2002. dans ces deux zones, l’agriculture demeure un secteur fortement subventionné, ce qui a longtemps dissuadé les agriculteurs dits du « Tiers Monde » de se lancer dans une production qu’ils ne pouvaient pas écouler. On aura ainsi vu à la fin du siècle dernier, les cultures locales de céréales en Afrique abandonnées au profit des importations de riz moins chères. La production de coton présente un cas similaire, même si l’Afrique est davantage victime de l’industrialisation de la production brésilienne.Lors de sa présidence du G20, Nicolas Sarkozy s’était posé en chantre de la lutte contre la cherté des prix agricoles, une posture motivée par des « émeutes de la faim » dans certains pays. En fait, il s’agissait davantage de « réguler » les prix pour éviter une volatilité trop importante des cours. Les résultats finaux des travaux de cette année de G20 ont été plus impressionnistes que réels.La FAO montre enfin que la cherté des denrées a été alimentée la demande d’agrocarburants, largement subventionnée par les pays occidentaux, Américains et Européens en tête. Les responsables politiques occidentaux y voyaient là un moyen de rassurer leur secteur agricole, de plus en plus inquiet de la concurrence mondiale, et une réponse à la cherté du baril de pétrole.En soi, le procédé n’est pas en cause. Il faut d’ailleurs rappeler qu’historiquement, le premier producteur de bioéthanol, le Brésil, avait développé cette industrie pour écouler ses excédents de production sucrière. Il était plus rentable de les brûler en roulant que dans les champs de canne. Le problème c’est qu’aujourd’hui cette production qui part dans les biocarburants est devenue décisive dans la formation des prix internationaux. Et qu’elle est de facto affectée à un produit de substitution au pétrole, ressource non renouvelable.On sait le génie humain capable de trouver une solution pour ne pas devoir un jour choisir entre manger ou conduire. Mais le temps est compté.   

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