L'analyse d'Erik Izraelewicz : un bilan, plan plan

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« 6 mai 2007-6 mai 2010. Trois ans d'action. » Mercredi, à la veille du troisième anniversaire de son élection, Nicolas Sarkozy a fait diffuser aux élus de la majorité, aux leaders d'opinion et à la presse un fascicule de 53 pages dressant le bilan de son action à l'Elysée. Si le chef de l'Etat s'interroge sur les raisons de son impopularité, il lui suffira de (re)lire, tout simplement, à tête reposée, ce petit document. Ce que l'opinion lui reproche, c'est à la fois sa versatilité, son activisme foisonnant et désordonné et son art de lancer des chantiers sans les achever. Le texte de l'Elysée reflète, à la caricature, ce portrait. Floraison prématuréeSa versatilité. A mi-mandat, en décembre dernier donc, Nicolas Sarkozy s'était ému de la floraison, dans la presse, des bilans de son action, des bilans peu flatteurs. Floraison prématurée, avait-il dit. On ne tire un bilan qu'à la fin d'un mandat. Et voilà que six mois après, l'Elysée, prenant cette fois-ci de court tous ses censeurs malveillants, propose son propre bilan. « Le président de la République a été élu pour cinq ans. Ce n'est qu'au terme de ces cinq années qu'un bilan complet pourra être tiré. » Pourquoi alors en proposer un aujourd'hui ? Culture de résultats, où ça ? Autre versant de cette versatilité, Nicolas Sarkozy avait activement plaidé, lors de sa campagne présidentielle, il y a trois ans, en faveur d'un développement d'une « culture de résultats ». Les politiques ne doivent être jugés ni sur leurs propos ni sur leurs lois mais sur les résultats que produisent leurs actions. D'une manière générale, la plaquette de l'Elysée élude les résultats des politiques menées depuis trois ans - si ce n'est pour souligner, à de très nombreuses occasions, leur caractère « inédit ». On ne sait pas si cela suffit à les rendre efficaces. Foisonnement et désordreCe qui ressort ensuite de la lecture de ce document, c'est le nombre et l'ampleur des actions qui ont été engagées depuis trois ans. C'est absolument spectaculaire. Dans tous les domaines ou presque, Nicolas Sarkozy a initié des réformes, plus ou moins importantes, plus ou moins conformes aussi aux promesses initiales. Ce foisonnement donne le vertige. Ce qui frappe aussi, c'est que les auteurs de la note ont du mal à en faire ressortir des lignes directrices. Au cours de ses trois années de mandant, Nicolas Sarkozy a-t-il libéré l'économie ou a-t-il renforcé les carcans qui l'enserrent ? A-t-il réduit ou accru l'interventionnisme étatique ? A-t-il, par ses actions, favorisé ou handicapé la compétitivité de l'industrie française ?Des actions contradictoiresEn fait, il est pratiquement impossible, en l'état, de répondre à chacune de ces questions par une réponse simple et définitive. Dans chaque dossier ou presque, il a mené des actions souvent contradictoires, des actions surtout largement achevées. C'est aussi sans doute ce qui explique le désarroi des Français - même de ceux qui lui sont favorables. Visiblement, Nicolas Sarkozy, que l'on dit soucieux d'une plus grande discrétion et d'une plus grande détermination pour les deux années qui lui restent à l'Elysée, a compris le message. Cette note bilan n'était finalement pas aussi plan plan que cela. Argumentaire à destination de ses soutiens, elle avait peut-être aussi valeur pédagogique à l'intention... du président lui-même !

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