Sommet de Bruxelles : l'austérité s'impose aussi au niveau européen

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Après 25 heures de négociations, les dirigeants européens ont enfin trouvé un accord sur le cadre budgétaire de l\'UE pour la période 2014-2020. Le président du conseil, Herman van Rompuy avait ce vendredi matin présenté une proposition de compromis publiée entre autres sur le site du think tank britannique Open Europe qui a finit, après quelques ajustements mineurs, à satisfaire les grands pays. Comme à l\'accoutumée avec les compromis européens, chacun pourra crier victoire. Il faudra cependant passer un dernier obstacle : le parlement européen. Le président social-démocrate de ce dernier, Martin Schulz, a prévenu qu\'il pourrait y avoir un veto des élus de Strasbourg. Et les chefs des quatre principaux groupes politiques du Parlement européen (PPE, socialistes, libéraux, verts) ont annoncé vendredi qu\'ils refuseraient d\'accepter \"en l\'état\" le budget pluriannuel européen qui, selon eux, \"ne renforcera pas la compétitivité de l\'économie européenne\".Un accord d\'austéritéQue prévoit cet accord? D\'abord de limiter les dépenses de l\'UE sur la période prévue à 1% du revenu national brut, ce qui représente de facto un recul de près de 3% par rapport au précédent texte proposée par la Commission. Sur la base des paiements à verser par les pays membres, le montant s\'élève à 908 milliards d\'euros, contre 942 milliards sur la période 2007-2013. Cette proposition reviendrait à couper, pour la première fois, le budget de l\'UE de 34 milliards d\'euros sur les 7 années concernées.Les postes de dépenses les plus affectés seraient la partie «compétitivité, croissance et emploi», particulièrement le financement du développement de l\'Internet dans l\'UE. L\'administration centrale de l\'Union devrait également apporter sa contribution. Mais avec une coupe d\'un milliard d\'euros, les fonctionnaires européens s\'en tirent mieux que prévus. Les rabais britanniques et allemands sont maintenus, ceux des Suédois, Néerlandais et Autrichiens réduits. Enfin, le budget de la Politique agricole commune (PAC) devrait augmenter légèrement.Paris vaincu, sauve la PACSi ce schéma devait être confirmé, quelle victoire la France pourrait-elle proclamer? Certes, elle a sauvé l\'essentiel pour elle en évitant des coupes radicales dans le budget de la PAC. Mais que reste-t-il des grandes proclamations de François Hollande mardi devant le parlement européen ? Sa logique qui consistait à faire du budget européen un instrument de lutte contre la récession, un complément de son «pacte de croissance», a été clairement battu en brèche. C\'est bien dans la partie «croissance», dans les investissements d\'avenir que les Européens sont allés chercher les coupes budgétaires. Et l\'idée même d\'une réduction du budget communautaire, qu\'il prétendait combattre, a été imposée. Encore une fois, l\'isolement de la France est apparu au grand jour. Cette défaite ne peut que se cacher derrière le maintien d\'une PAC qui est sans doute importante, mais qui ne va régler les problèmes essentiels de l\'économie hexagonale. Politiquement et économiquement, Paris semble donc perdant.David Cameron jubileDavid Cameron n\'a en revanche pas tardé à crier victoire. Même s\'il n\'a pas obtenu la réduction budgétaire qu\'il souhaitait, c\'est bien sa logique qui l\'a emporté. Il y aura une austérité au niveau européen. Il pourra donc rentrer à Londres en montrant que le Royaume-Uni peut encore peser sur les décisions bruxelloises. Avant le référendum qu\'il projette de lancer d\'ici à 2017, de telles avancées sont essentielles pour lui. Elles lui permettent de battre en brèche le discours anti-européen de l\'UKIP, désormais son rival principal à droite. Comme le souligne Open Europe : «David Cameron a été capable de respecter sa promesse de parvenir au moins à un gel, au mieux à une coupe», du budget européen.L\'Allemagne triompheReste enfin l\'Allemagne. Sans conteste, c\'est elle qui a fait pencher la balance du côté de l\'austérité. Les arguments de François Hollande mardi n\'ont pas été suffisants pour faire fléchir Angela Merkel. Là encore, Open Europe a vu juste : «contrairement à ce qui se passe habituellement, France et Allemagne ne sont pas entrés dans les discussions sur les mêmes positions.» Dès lors, la France n\'avait d\'autres possibilités que de céder ou de tenter de bloquer l\'accord. Mais isolé et sans doute un peu timoré, le gouvernement français a dû céder. Du coup, la proposition Van Rompuy ressemble à s\'y méprendre aux ambitions allemandes. Certes, Berlin a dû renoncer à couper franchement dans la PAC, mais elle a résisté à cette idée de relance économique par le budget européen. Elle a imposé la rigueur à Bruxelles également. Pour Angela Merkel, il n\'y avait pas d\'autres options: il fallait se présenter devant son électorat avec ce résultat que «tout le monde fait des efforts». Au passage, Berlin fait encore preuve de sa capacité à imposer ses vues à ses partenaires.Cet accord pourrait donc être plus important qu\'il en a l\'air. Il scelle l\'alliance entre Londres et Berlin contre Paris que l\'on pouvait soupçonner depuis quelques semaines. Reste à savoir si cette alliance était de circonstance, ou si elle définit un nouvel axe de décision au sein de l\'UE.  

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