Maximilien Luce, du rêve au réalisme

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On voudrait aimer. Dire qu'il n'a pas la place qu'il mérite. Hélas à travers cette rétrospective que propose le musée des Impressionnismes de Giverny, on constate que Maximilien Luce n'égale en rien des artistes comme Seurat ou Signac qui, comme lui, furent des néo-impressionnistes, également appelés pointillistes.Cet ancien élève de Carolus-Duran a pourtant un certain savoir-faire. Une belle technique. Dans ses premiers tableaux, il adopte l'esthétique des confrères qu'il vient de rencontrer tel Pissarro au salon des Artistes indépendants. Fractionnement de la lumière par petites touches colorées, atmosphères distanciées du réel, proche parfois du rêve éveillé... Maximilien Luce excelle dans les climats de nuits tombantes, de clairs- obscurs. Il aime les tons mauves, roses qui courent vers le noir. Ses portraits ou scènes familiales sont plus doux, plus pastel. Sans être profondément original ni avec une forte personnalité artistique, le peintre a un certain style.Mais voilà, Maximilien Luce a la fibre sociale et politique. Et lorsqu'il découvre en Belgique le Borinage, sa peinture change du tout au tout, plongeant dans un expressionnisme un peu béat qui, s'il est profondément sincère, n'en témoigne pas moins d'une représentation un peu naïve. Il devient aujourd'hui, à nos yeux, l'ancêtre de ce réalisme socialiste qui appauvrira la peinture au début du XXe siècle au service d'une idéologie qui demandait une autre puissance créatrice.Sauf que Luce ne s'arrête pas là. C'est un révolté, un esprit anarchiste. Il va, dans le même esprit et avec la même esthétique un peu mièvre, s'intéresser aux bouleversements contemporains de son époque, comme la construction du métro, la révolte de la Commune ou les poilus de la guerre de 1914-1918. Ce qui nous vaut une succession de tableaux d'histoire, témoignages d'événements importants certes, mais d'une extrême platitude artistique.On croit dès lors Maximilien Luce définitivement perdu. Non?! À la fin de sa vie le voici de retour vers le paysage dans un esprit arcadien, hédoniste, comme s'il fallait fuir une réalité trop dure à supporter. Ce n'est pas d'une puissance dévastatrice, mais d'une grâce agréable à regarder. D'un classicisme serein. Une peinture apaisée.

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