L'économie telle que nos enfants ne l'apprennent pas

Je veux développer la ­culture économique et la connaissance du monde professionnel au sein du système éducatif. " Cette déclaration de Xavier Darcos n'a pas ­encore produit ses effets. Et pourtant, selon trois publications récentes, il y a urgence. Si l'approche radicale de Jacques Bourdu dans L'É cole et l'université, comment sortir de l'échec peut prêter le flan à la critique, le rapport de l'Académie des sciences morales et politiques, paru en juin 2008, sur l'enseignement de l'économie dans les lycées, qui brille par la qualité et la légitimité de ses auteurs, nous livre un constat tout aussi alarmant.Mais comment agir lorsqu'il s'agit d'un animal réputé non réformable ? Des convergences se dégagent. Dans Jeunes et entreprises : réussir la connexion, Thibault Lanxade tente une approche qui incite non seulement l'école à mieux traiter l'économie, mais aussi l'entreprise à mieux s'intéresser à l'école. Thibault Lanxade, chef d'entreprise et président de l'association Positive entreprise, nous rappelle que l'économie " est un des parents pauvres de l'enseignement ".Les sciences économiques et sociales étant optionnelles, " un lycéen sur deux ne reçoit aucune formation économique pendant ses études ", sans compter que l'économie enseignée est souvent bien loin de celle vécue quotidiennement dans les entreprises. Comment s'étonner alors que seuls 6 % des Français admettent comprendre les mécanismes économiques de façon satisfaisante, alors que 75 % d'entre eux estiment que l'économie est plus importante que la politique ? Ces chiffres sont cités par le Codice (Conseil pour la diffusion de la culture économique), créé en 2006 par le ministère de l'Économie, qui nous rappelle qu'" une des missions fondamentales de l'école est de donner aux élèves les moyens de comprendre le monde qui les entoure ".Nous en sommes loin. Jacques Bourdu, lui, juge globalement que notre système éducatif est en faillite et coupable du chômage des jeunes. Il parle du " scandale national qui résulte du divorce qui s'est établi entre l'école et le monde du travail ". Il insiste sur la nécessité de développer l'enseignement professionnel à la manière de l'Allemagne et propose d'approfondir la réforme amorcée par la loi Pécresse. Pour lui, les conseils d'administration des universités doivent s'ouvrir, comme aux États-Unis, à des chefs d'entreprise plus au fait des besoins du marché du travail, donc plus aptes à adapter les enseignements fournis.Reprochant aux syndicats d'enseignants d'être trop idéologiquement marqués, il fustige la tendance de l'Éducation nationale à " détester les patrons " et appelle à ce que tous les élèves reçoivent, en classe de première, une initiation à l'économie valorisant le rôle des entreprises, " qui constituent le moteur de toute l'activité économique ", et non pas seulement le rôle de l'État.Dans une forme beaucoup plus mesurée, les membres éminents de l'Académie des sciences morales et politiques, analysant les programmes de SES suivis par 30 % des bacheliers de l'enseignement général, arrivent à un constat similaire - qu'ils qualifient eux-mêmes de " préoccupant ". Ce rapport passionnant a d'autant plus de valeur que ses auteurs ont fait appel à des professeurs étrangers renommés, d'Oxford, Columbia, Princeton, Bonn ou Barcelone, pour porter un regard extérieur sur nos manuels d'économie. Le jugement est sans appel : une réforme complète est indispensable et urgente. Le programme de SES a des objectifs trop ambitieux. Les professeurs sont censés couvrir en deux ans un éventail de thèmes trop large tout en jetant sur ces derniers les regards croisés de l'économie, de la sociologie et de toutes les sciences sociales. Cela engendre un traitement approximatif échouant à transmettre correctement aux élèves les notions de base. Ainsi, l'étude de l'offre et de la demande est reléguée dans une sous-partie du chapitre sur l'échange. Quant à des notions comme le coût marginal ou même celle de risque, pourtant au fondement de la finance moderne, elles ne sont même pas traitées ! Ce sont des pans entiers de l'approche microéconomique qui semblent avoir disparu.De plus, le traitement des thèmes retenus donne souvent de l'économie et de la société française une vision pessimiste. Les auteurs sont unanimes, le ton des manuels est " compassionnel ", voire " négatif ", et les présupposés idéologiques n'en sont pas absents. Ainsi, on explique aux élèves qu'il faut poser des limites au marché avant même de leur en avoir donné une définition. On présente trop souvent une opinion et son contraire plutôt que les savoirs consensuels auxquels est parvenue l'économie moderne. En conclusion, les auteurs recommandent un enseignement de l'économie distinct de celui des sciences sociales. Un enseignement aux objectifs peut-être plus modestes mais redonnant à l'économie sa dimension de science empirique et à la microéconomie la place qui lui est due.INCOMPREHENSION MUTUELLELa réforme de l'enseignement économique en filière ES s'impose. Mais ne devrait-on pas aussi étendre cet enseignement à l'ensemble des lycéens de la filière générale ? Selon un sondage récent cité par Thibault Lanxade, 82 % des Français estiment que les bases de l'économie devraient faire partie des matières obligatoires. Pour lui, c'est un des éléments clés pour reconnecter jeunes et entreprises. Les jeunes se sentent souvent exclus par des entreprises qui déplorent en retour leur méconnaissance du monde professionnel. L'incompréhension est mutuelle.Pour la dépasser, l'école doit mieux s'ouvrir à l'économie. Mais, si l'on veut que le passage de l'école au monde du travail ne soit plus une épreuve, il faut aussi que l'entreprise s'ouvre davantage aux élèves et professeurs. À l'exemple de l'association 100.000 entrepreneurs qui propose des rencontres entre entrepreneurs et élèves des collèges, notamment dans les quartiers dits " sensibles ". Et ça marche : la moitié des participants déclarent à la fin des rencontres vouloir devenir entrepreneurs. Nos enfants vivent dans une économie globalisée. Nous nous devons de leur donner des clés pour la comprendre.

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