La France inégale

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Dans le long discours qu'il a consacré hier à la nécessité de débattre de l'identité nationale, Nicolas Sarkozy pose à un moment ces questions rhétoriques : « D'où vient que la République, qui avait surmonté tant d'épreuves, se soit mise à ce point à ne plus tenir ses promesses ? D'où vient que le sentiment d'injustice, au lieu de se réduire, n'ait cessé à ce point de croître ? » Et il répond que les causes sont, dans l'ordre, l'abandon de la valeur travail, les 35 heures, le renoncement à l'autorité, l'égalitarisme niveleur. Ah, bon ? Parce que d'autres explications sont possibles. Par exemple celle-ci : si le sentiment d'injustice croît, c'est parce que la société devient plus injuste. Et puisque le président arrime tout son raisonnement à la République, rappelons qu'au centre du fronton, entre la liberté et la fraternité, il y a l'égalité. Si la République va mal, c'est peut-être tout bonnement parce qu'elle ne tient plus cette promesse centrale. Hier est sorti le rapport annuel de l'Insee « France, portrait social ». Dans le foisonnement des réalités traduites en statistiques, « La Tribune » a mis en évidence un creusement des inégalités presque sur toute la ligne (lire page 4). Entre 2003 et 2008, donc avant la crise et en partie avant Sarkozy, tous les indicateurs d'égalité se sont dégradés. Face à l'emploi, à l'éducation, au logement, à la culture et aux loisirs, la situation des 10 % les plus pauvres s'est aggravée. Ça, si l'on ose dire, c'est le qualitatif, tout ce qui fait que la vie quotidienne et les perspectives personnelles ou familiales peuvent être améliorées ou abîmées. Si l'on prend maintenant les indicateurs monétaires (les salaires, le niveau de vie et le patrimoine), l'inégalité a évolué un peu différemment : elle a bondi en ce qui concerne le patrimoine, a un peu augmenté quant au niveau de vie et a diminué pour ce qui est des salaires (sauf si l'on prend en compte le 1 % de rémunérations les plus hautes, qui se sont envolées). En somme, notre société a su à peu près enrayer la hausse des inégalités salariales dans les années récentes, pour tout le reste le recul est patent. Dans l'ode républicaine chantée par Guaino (la plume de Nicolas Sarkozy), il est dit que « la République, c'est l'égalité des chances ». Chiche, Messieurs. Prenez les indicateurs de l'Insee, faites-en une base 100. Et voyez dans cinq ans comment ils ont évolué. Si l'on peut se permettre un conseil, veillez à ce qu'ils commencent à aller dans le bon sens avant 2012, sinon peut-être le bilan sera-t-il tiré par vos successeurs.sgherardi@latribune.fr sophie Gherard

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