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Croissance européenne : le massacre de la Saint Valentin

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Publié le 14 février 2013 à 22:04 - Mis à jour le 14 février 2013 à 22:04

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Le massacre de la Saint Valentin. Ainsi pourrait-on résumer les chiffres de la croissance européenne pour le quatrième trimestre qui ont été publiées ce 14 février. Le recul de 0,6 % sur un trimestre de la richesse de la zone euro est la troisième plus forte dégringolade enregistrée depuis 1995, autrement dit, depuis qu\'Eurostat a commencé à réaliser des statistiques sur la -à l\'époque future- Union économique et monétaire. La chute est aussi sévère que celle du troisième trimestre 2008, celle de la faillite de Lehman Brothers et il n\'y a guère que les deux trimestres qui ont suivi qui, à ce jour, ont été pires.Trois trimestres de reculLa zone euro est devenue une zone de récession. Voici trois trimestres que son PIB se contracte. Et cette fois, la violente correction n\'épargne personne, pas même la France et l\'Allemagne qui pouvaient se vanter d\'avoir surnagé jusqu\'ici et qui, cette fois, subissent des reculs respectifs de 0,3 % et 0,6 % . La chute est d\'autant plus inquiétante qu\'elle est supérieure aux attentes des économistes.IllusionsLa Saint Valentin étant propice aux illusions, chacun semble se rassurer en voyant dans ce désastre le point haut de la crise. Car, les politiques comme les économistes l\'assurent : l\'avenir est radieux, « le pire est derrière nous » et « la crise est finie. » Les études n\'en finissent donc pas de tomber pour assurer de l\'absence de signification de ces chiffres, du rebond inévitable de l\'économie et du caractère radieux de l\'avenir. Par une ironie assez triste de l\'histoire, les dirigeants européens, qui jadis se sont tous félicités de la « mort des vieilles lunes » communistes, en sont aujourd\'hui réduits à promettre à leurs peuples des « lendemains qui chantent » grâce à la consolidation budgétaire.L\'argument de la pensée des dirigeants européens est simple : la réduction des déficits entraîne d\'inévitables dommages collatéraux, mais c\'est une potion nécessaire qui « crée les conditions de la croissance future. » On invoque alors l\'amélioration du commerce extérieur de certains pays bien choisis, on en déduit une amélioration de la compétitivité, sésame absolu dans l\'esprit économique contemporain pour la croissance et l\'on peut enfin conclure, comme un éditorialiste français voici peu : « l\'austérité, ça paie ! » Effets collatérauxCes chiffres du 4ème trimestre 2012 doivent mettre fin à ce rêve éveillé. Quelques exemples suffiront à s\'en convaincre. La Grèce, laboratoire de l\'austérité, qui applique les recettes européennes depuis trois ans, continue de s\'enfoncer dans l\'abîme. A moins de considérer que le recul de 6 % du PIB sur un an enregistré fin 2012 est une forme de décollage au regard des -6,7 % du trimestre précédent ! Le chômage grec touche 27 % de la population active. En Italie, la potion du « professore » Monti appliquée depuis un an a produit pas moins de six trimestres consécutifs de contraction du PIB. Les tenants de l\'austérité avaient crié victoire lors du recul de seulement ( !) 0,2 % au troisième trimestre : ils doivent déchanter aujourd\'hui. Le PIB italien a reculé de 0,9 % au dernier trimestre de 2012. On pourrait également parler du Portugal, un temps modèle de la méthode européenne, qui lui aussi applique avec beaucoup d\'application les méthodes de la Troïka depuis 2010 et qui a vu son PIB chuter de 1,8 % au dernier trimestre, la deuxième plus forte chute depuis 1995...Du pétrole sur un incendieNon, il faudra bien le reconnaître : l\'austérité ne « paie» pas. Non que l\'assainissement des finances publiques ne soit pas nécessaire, mais il faut, comme en tout, de la raison dans ce processus. Lorsque cette consolidation devient le problème, il est urgent de s\'interroger. Le scénario qui se développe en Europe est un des pires qui soit : l\'austérité à marche forcée imposée par l\'Allemagne, après avoir ravagé les demandes intérieures des pays en crise, a atteint la confiance des pays plus « sains », y compris de l\'Allemagne elle-même. L\'investissement s\'est stoppé dans les pays du nord, affaiblissant la demande de ces pays pour les produits des pays du sud et rendant ainsi tout à fait vain les prétendues « améliorations de la compétitivité » de ces Etats. Dès lors, la récession est au menu partout. Et comme l\'on ne veut pas en démordre et que l\'on continue d\'affirmer que la seule priorité est la consolidation budgétaire, on presse encore la demande intérieure partout. Autant jeter un bidon de pétrole dans un incendie.Que le début...Les économistes et les dirigeants européens parient sur la confiance rétablie sur les marchés par le programme de rachat illimité de titres de la BCE, le fameux OMT. Selon eux, elle va se transmettre au reste de l\'économie et finir par relancer la machine. Force est de constater qu\'un tel calcul n\'a pas fonctionné pour le moment. Rappelons simplement que lorsque ce « massacre » du quatrième trimestre est intervenu, tous les agents économiques avaient parfaitement connaissance de ce programme OMT. Son impact est donc fort limité.La réalité, c\'est que personne ne voit l\'issue de ce tunnel. D\'autant que le pacte budgétaire mis au point par Angela Merkel et approuvé avec retard, mais non sans bruit, par François Hollande, promet bien des difficultés. Il faut que les budgets nationaux ne dépassent pas un déficit structurel de 0,5 % du PIB au 1er janvier 2018. Voici qui promet de nouveaux \"efforts\". En fait, nous ne sommes qu\'au début du processus. Décidément, les lendemains qui chantent vont être de plus en plus lointains...Position moraleCette stratégie, rappelons-le c\'est celle d\'Angela Merkel qui, au printemps 2010, a décidé de « punir » la Grèce de ses erreurs passées. Sans doute pour plaire à son opinion publique chauffée à blanc par une presse déchaînée. Bild Zeitung écrivait le 5 mars 2010, à l\'occasion de la visite de Georges Papandréou à Berlin : « Cher Monsieur le Premier ministre, quand vous lirez ces lignes, vous aurez pénétré dans un pays très différent du vôtre. Vous êtes en Allemagne. (...) l\'Allemagne a aussi des dettes, mais nous pouvons les honorer. Parce que nous nous levons tôt le matin et travaillons toute la journée. » C\'est bien ces « Grecs paresseux » qu\'Angela Merkel a voulu châtier en leur imposant un remède de cheval. Elle était alors persuadée - comme l\'était aussi Nicolas Sarkozy - que la pilule amère que l\'on faisait avaler à ce petit pays serait sans effet sur le reste de la zone euro. Au contraire, la chancelière pensait qu\'en faisant un exemple, on prouverait aux marchés que l\'euro est bien la monnaie de la vertu. La position franco-allemande était alors clairement une position morale, trempée dans cette conviction si ancrée outre-Rhin que seule la méthode allemande pour parvenir à la croissance est efficace.L\'erreur d\'AngelaL\'ennui, c\'est que les marchés y ont vu la preuve du manque de solidarité allemande. Ils ont vendu les pays fragiles de la zone euro, et la crise s\'est répandue comme une traînée de poudre. Au lieu, alors, de changer son fusil d\'épaule et d\'engager une vraie solidarité européenne et une politique de relance en Allemagne pour favoriser la demande ailleurs, la chancelière a accéléré le mouvement. Obsédée par le « moral hazard », l\'incitation au péché en le récompensant, elle a réclamé l\'austérité pour tous. Avec, à chaque fois, la bénédiction française - que le gouvernement soit de droite ou de gauche. Le « compromis » sur le budget européen de vendredi dernier est le dernier acte de cette stratégie qui est en réalité moins économique que morale. Mais la vertu ne paie pas toujours. Cette erreur avait déjà été celle des années 1930 quand les gouvernements européens avaient tous menés ensemble des politiques déflationnistes. Là aussi, l\'austérité n\'avait pas payé.Risques politiquesCertes, après la pluie, le beau temps finit toujours par revenir. Mais à quoi servent quelques pâles rayons de soleil sur des plaines inondées ? Car cette cure d\'austérité est en train de redéfinir dangereusement les lignes de fracture de la politique européenne, entre des partis de gouvernement enfermés dans cette posture morale sans issue et des partis populistes jouant sur les frustrations par des recettes faciles. Pour le moment, les premiers l\'ont toujours emporté, mais les seconds ne cessent de grimper dans les scrutins sous les effets sociaux de l\'austérité. Mais le danger est qu\'un jour, l\'exaspération amène une victoire de l\'autre camp. Doit-on rappeler que Syriza (la gauche radicale grecque) n\'a pas été loin de l\'emporter en juin 2012 en Grèce et qu\'il est en tête des sondages aujourd\'hui, alors que les néo-nazis sont en troisième position ?

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