L'idée d'un Fonds monétaire européen est contre-productive

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La proposition, soudaine du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, de créer un Fonds monétaire européen, pour aider les pays de la zone euro en difficulté, est apparue comme une bouée de sauvetage pour des gouvernements européens désamparés face à une crise de la dette qui menace de s'étendre. Avec prudence certes, Angela Merkel, François Fillon et, même, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, ont trouvé l'idée « intéressante ». Quelques voix dissonantes se sont fait entendre, comme celle, toujours laconique, de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, ou du chef économiste de la BCE, Jürgen Stark. Mais c'est la réaction d'Axel Weber, patron de la Bundesbank, l'homme qui « va sauver l'argent des Allemands » selon la presse outre-Rhin, et le candidat à la succession de Jean-Claude Trichet, qui sonne comme un rappel au droit canon de la zone euro. « L'idée du fonds est contre-productive et va à l'encontre des textes européens », a-t-il déclaré. Pour lui, l'urgence est de renforcer les pouvoirs du Pacte de stabilité en matière de contrôle et de sanctions. Pour Daniel Gros, directeur du CEPS, l'un des « think tanks » qui a travaillé sur un projet de FME, Axel Weber se trompe de combat. « Les dispositifs actuels ont failli, il faut dresser une nouvelle barrière de sécurité : permettre et organiser la banqueroute d'un pays sans mettre en danger la zone euro. » Les chances de parvenir à la création de FME apparaissent néanmoins bien minces. L'intérêt affiché d'Angela Merkel pour le FME apparaît, selon Jean-Thomas Lesueur de l'institut Thomas More, plus « tactique » que le reflet d'un véritable changement de paradigme en Allemagne. Surtout avec une opinion allemande qui est en train de se raidir sur la question, exaspérée par le sentiment d'être seule à faire des efforts. L'économiste Gabriel François y voit un magnifique jeu de rôle, où chacun feint de croire les propositions ou les promesses des autres. « La seule solution serait de mettre en place une véritable autorité politique, mais personne n'est prêt à accepter ce tribut. Il faudra donc se contenter de mesures transitoires et de colmatages... en attendant la prochaine crise », regrette le conseiller de la Française des Placements. Finalement, cette incapacité à agir de l'Europe, faute d'objectifs clairs, risque bien de fragiliser l'euro dans les années à venir.Georges Ugeux, banquier d'affaires à New York, convient que la zone euro a un besoin urgent de mécanismes de correction et d'intervention. Mais, s'interroge-t-il, qui est prêt à en accepter les contreparties, à savoir un contrôle rigoureux sur les finances publiques des États ? « Finalement, les politiques se sont engagés dans une voie dans laquelle il sera difficile de trouver un consensus. » Sans parler du courage à rouvrir un débat institutionnel qui vient à peine de s'achever au terme de dix années laborieuses. « À chaque grand défi, l'Europe montre de grandes difficultés à parler clair et haut, à marquer son périmètre d'intervention, parfois à préciser son objet même », constate Jean-Thomas Lesueur. Une véritable oraison funèbre pour le Fonds monétaire européen, pas encore né, déjà enterré. nAnalyse éric Benhamou Journaliste à « La Tribune »Chaque semaine, « La Tribune » décrypte une phrase ou une citation qui marque un temps fort de l'actualité politique, sociale ou économique.Retrouvez les réactions de Daniel Gros, Jean-Thomas Lesueur, Gabriel François et Georges Ugeux sur « La Tribune numérique du samedi ».? LaTribune. fr onglet Le Quotidien? sur l'iPhone, onglet LE Quotidie

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