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Basquiat à New York et puis s'en va

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Publié le 14 octobre 2010 à 21:23 - Mis à jour le 14 octobre 2010 à 21:23

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Elle ne l'a pas oublié mais presque. Déjà passée à autre chose. Depuis la mort de Jean-Michel Basquiat (1960-1988), New York a connu la chute des yuppies, un retour en richesse, le 11 Septembre, les plus grandes spéculations financières, immobilières et artistiques. Et puis la crise. Mais surtout, la ville ne regarde jamais en arrière. Alors pourquoi perdre son temps à retourner sur les traces de Basquiat ? Peut-être parce que c'est le meilleur moyen de comprendre cette cité Phénix en perpetuel mouvement, capable de renaître de ses cendres quand tout le monde la donne pour morte.Ainsi, lorsque Basquiat quitte Brooklyn pour s'installer à Downtown en 1977, le bas de la ville ressemble à un trou à rats abandonné aux clochards et aux gangs. Aux artistes, aussi, qui y trouvent des lofts délabrés pour une bouchée de pain. Mais pour l'instant, Basquiat se contente des murs lépreux de la cité qu'il parsème d'aphorismes intrigants du genre « Samo sauve les idiots ». Pour gagner sa vie, le jeune homme se lance dans la confection de tee-shirts, va proposer ses propres cartes postales aux portes du Moma. Il ose même se présenter à Andy Warhol, alors attablé chez Boom. Mais il lui faut attendre sa première exposition de groupe en 1981 pour que les choses démarrent. Car Basquiat tape d'emblée dans l'oeil des galeristes.Annina Nosei lui propose de s'installer dans le sous-sol de sa galerie, 100 Prince Street. Le voilà à quelques blocs de Pearl Paint (pearlpaint.com) sur Canal Street, où il se fournit en peinture. Pour se nourrir, il file chez Dean & Deluca, à un bloc de là, passe ses soirées au Club 57 ou au CBGB's où il retrouve Keith Haring, est enfin présenté en bonne et due forme à Warhol qui se prend de passion pour ce jeune prodige.Le maître du pop art n'hésite d'ailleurs pas à lui louer la maison qu'il possède 57 Great Jones Street. En 1982, Basquiat est exposé à la Documenta de Kassel. Dans la foulée, ses prix s'envolent, les galeristes se l'arrachent, qu'il s'agisse de Mary Boone, Larry Gagosian, ou Tony Shafrazi. Malgré le succès, la drogue dont il abuse, le doute qui souvent l'habite, il ne lâche pas la peinture. Jusqu'à ce qu'une overdose l'emporte. Du New York de ces années-là, aujourd'hui, il ne reste plus rien ou presque. Peu à peu rénové, Soho a vu ses magnifiques immeubles industriels réhabilités et ses prix exploser. On peut toujours aller dîner chez Boom (152 Spring Street, boomny.com). Transformé en hacienda méditerranéenne conviviale, l'établissement propose une cuisine aux influences mexicaines et italiennes. Mais les grandes enseignes de mode ont chassé les galeries. Miu-Miu a remplacé Annina Nosei, Marc Jacobs s'est installé à la place de Tony Shafrazi (163 Mercer Street, marcjacobs.com). Heureusement Dean & Deluca (100, Broadway, www.deandeluca.com), la cantine préférée de Basquiat, est toujours là, ce qui permet aux nostalgiques de s'épancher sur un flower cupcake en forme de nénuphar.Shafrazi (tonyshafrazigallery.com) ou Boone (maryboonegallery.com) n'ont pas quitté la ville pour autant. Underground ils étaient, notables ils sont devenus, installés du côté de Chelsea. Pour découvrir les nouveaux artistes new-yorkais, il faut se rendre vers Orchard Street. Le prix du mètre carré n'y est pas moins cher, mais les galeries beaucoup plus petites. En quelques années, une soixantaine d'entre elles s'y sont installées, bientôt suivies par restaurants et boutiques de mode. Tous espèrent toucher le public drainé par le New Museum (235 Bowery, www.ewmuseum.org). On retiendra, parmi elles, celle de Miguel Abreu (36 Orchard Street, www.miguelabreugallery.com) ou Invisible Exports (14A Orchard Street, invisible-exports.com). Plus traces de Basquiat, donc. Un homme, pourtant, ne l'a pas oublié. Il est Japonais, très discret, et a choisi d'installer Bohemian, son restaurant, dans l'ancienne maison de Warhol, louée au peintre, sur Great Jones Street (une rue désormais dévolue aux belles galeries de design). L'établissement est confidentiel et l'on ne peut y accéder à moins d'être parrainé ou invité à la suite d'un mail de motivation ([email protected]). Le jeu en vaut la chandelle, c'est l'une des meilleures tables de la ville grâce à une cuisine japonaise revisitée par le chef Kiyo Shinoki. Au menu, des croquettes de champignons à la crème d'oursin à se damner. Sans oublier le hamburger au boeuf Wagyu fondant. New York, décidément, ne cessera de nous étonner, par sa capacité à se renouveler.Yasmine Youssi, à New York

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