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Jeux en ligne : les infortunes de la tentation

La Tribune

Publié le 15 décembre 2010 à 22:56 - Mis à jour le 15 décembre 2010 à 22:56

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04 juin 2026

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Les Français perdent 60 millions d'euros par jour, soit 21,6 milliards sur l'ensemble de l'année 2009... en tentant leur chance auprès de la Française des Jeux, du PMU et dans les quelque 200 casinos couvrant le territoire. Jusqu'à l'été dernier, ils jouaient aussi, en toute illégalité, 3 à 4 milliards par an sur Internet. Sous la pression de Bruxelles, les monopoles historiques du secteur ont dû accepter l'ouverture à la concurrence sur les jeux en ligne. Désormais, sur Internet, les Français peuvent en toute légalité parier sur les compétitions sportives, jouer au poker et miser sur les courses de chevaux. Les opérateurs agréés peuvent faire de la publicité et ne s'en privent pas : affiches, habillages de bus à leurs couleurs, spots à la télévision, sponsoring des maillots des principales équipes de football. Des millions d'euros sont dépensés en communication.Avec l'essor de l'offre, la tentation s'accroît. Or, le jeu, simple loisir pour la grande majorité des joueurs, devient un problème pour une minorité d'entre eux. Un joueur addictif ne s'amuse plus, il cherche à récupérer l'argent perdu sur la base de fausses convictions comme la capacité à influer le hasard. Un phénomène difficile à prévenir. « Ce sont les dommages qui révèlent les addictions. Dans le jeu, ces dommages peuvent se révéler aussi importants que dans les addictions à des drogues, souligne le professeur Jean-Luc Venisse, de l'Institut fédératif des addictions comportementales du CHU de Nantes, l'un des premiers à avoir lancé en France des recherches sur ce danger.Pour le moment, ce risque n'est pas évalué dans notre pays. L'offre de jeu y est pourtant issue d'une longue tradition (l'origine de la FDJ remonte à 1931, et celle du PMU à 1881), mais la France n'a jamais mené d'étude de prévalence. « Dans les pays développés, le pourcentage de joueurs souffrant d'une dépendance au jeu est compris entre 0,8 et 1,8 %, et il peut atteindre 3 % en Asie, où la pratique du jeu est supérieure », souligne le psychologue canadien Robert Ladouceur. Des pourcentages faibles, mais ils signifient que près d'un million de Français sont en situation d'addiction au jeu avec un coût élevé pour la société. Selon le dernier rapport américain de la National Gambling Impact Study Commission (1999), un joueur aux prises avec un sérieux problème de jeu coûte 10.500 dollars par an à la société. La mesure exacte du phénomène est un vrai enjeu de société : le jeu excessif mène souvent au surendettement, à la rupture des liens sociaux, à la dépression, voire à des actes criminels : « 10 % des suicides ont pour origine le jeu excessif », assène le docteur Marc Valeur de l'hôpital Marmottan à Paris.Le jeu en ligne, accessible à tout moment et en toute discrétion, favorise-t-il la hausse du nombre de joueurs à problèmes ? Ce qui est sûr, c'est que, en améliorant « l'accessibilité aux jeux, le développement des jeux en ligne augmente le nombre de joueurs addictifs », souligne le docteur Marie Grall-Bronnec du CHU de Nantes, qui mène au sein de l'Ifac des études d'observation à long terme de joueurs, pathologiques ou non, en coopération avec 7 hôpitaux. Des travaux financés depuis des années par la Française des Jeux et le PMU, faute d'engagement de l'État.Grâce à ce suivi qui s'étendra sur cinq ans, les connaissances sur l'évolution des habitudes de jeu des Français seront approfondies. Actuellement, 15 à 20 % des cas examinés par la chercheuse concernent des joueurs sur Internet. Mais elle se garde de condamner Internet. Rien ne dit que ces joueurs ne jouaient pas excessivement dans des casinos ou aux courses avant de basculer vers le Web, note-t-elle prudemment. Il est vrai que 17 à 18 % des personnes inscrites sur la liste des interdits de jeu (ce qui relève d'une démarche exclusivement personnelle) ont tenté d'ouvrir des comptes sur les sites de jeux, soulignent tous les observateurs. L'association SOS Joueurs, financée par les casinos, relève qu'il est difficile de dire si un joueur est excessif à cause d'Internet ou s'il trouve dans cet outil une facilité d'accès.Certains chiffres inquiètent. « En 2005, moins de 5 % des appels traités par SOS Joueurs concernaient le jeu en ligne. En 2009, le pourcentage atteint 35 % », observe la porte-parole de cette association. Et, selon elle, le pire est peut-être à venir. « Les effets de l'ouverture du jeu en ligne sur le développement du jeu excessif ne seront pas visibles avant deux ans, le temps que certains joueurs d'aujourd'hui tombent dans l'excès et se retrouvent dans une situation suffisamment problématique pour se tourner vers une aide extérieure. »Les craintes se portent en particulier sur le poker en ligne. Il est classé parmi les jeux d'adresse, c'est-à-dire que, contrairement à une loterie ou à la roulette où le joueur ne peut influencer le résultat, on considère qu'un joueur de poker expérimenté a plus de chances de gagner. Il séduit les jeunes, attirés par la starisation de ceux qui ont rapidement fait fortune au poker. Cette population sans expérience, tentée de transgresser les interdits, est susceptible de tomber plus facilement dans la spirale du jeu excessif. Un appel sur quatre reçu par SOS Joueurs émane d'un adepte du poker.Michel Abécassis, directeur éditorial du site de poker Winamax, fait tout pour décourager les joueurs qui pensent pouvoir vivre du poker : « Dans nos forums de discussions, j'explique aux joueurs que l'on peut aborder le poker autrement que comme un jeu d'argent, dans un esprit de stratégie. » À ceux qui rêvent de devenir professionnels, il rappelle qu'« on ne devient pas tous des Zidane ou des Depardieu. Et qu'il est moins marrant de jouer au poker pour payer son loyer que pour simplement se divertir ». Le site incite les joueurs à limiter le rythme de leurs dépôts, l'accélération de ce rythme étant un premier pas vers l'excès. Mais il plaide pour que ces limitations soient nationales, afin qu'un joueur ayant atteint une limite sur un site n'aille pas continuer de jouer chez un concurrent.L'Arjel, l'Autorité de régulation des jeux en ligne, est vigilante sur plusieurs sites qui ne respectent pas suffisamment les règles de prudence. Jean-François Vilotte, son président, est notamment préoccupé par les stratégies de bonus « commercialement très agressives ». « Nous allons regarder dès 2011 s'il y a lieu de les encadrer. » Et en cas de dérive plus lourde, la loi prévoit une clause de revoyure au bout de dix-huit mois.Héléna Dupuy

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