« Dans dix ans, Uniqlo sera le numéro un du marché »

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STRONG>Au premier trimestre de l'exercice 2010-2011, les ventes et les profits d'Uniqlo sont en retrait, mais cela ne vous empêche pas d'avoir une ambition à toute épreuve. Quel est aujourd'hui votre objectif ?Cet automne, la météo a ralenti notre croissance au Japon où nous avons rencontré des difficultés pour écouler nos vêtements de demi-saison, mais cela ne contrarie nullement nos objectifs à long terme. Nous l'avons annoncé publiquement, nous voulons devenir le numéro un sur le marché et réaliser, en 2020, l'équivalent du marché mondial actuel, soit 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires, si l'on totalise les ventes de H&M, Zara, Gap et Uniqlo. Aujourd'hui, nous employons 47.000 personnes dans le monde et, dans dix ans, Uniqlo réunira au moins 250.000 employés. Nous allons implanter des filiales et ouvrir des magasins partout dans le monde. Sur l'exercice, clos en août 2011, notre chiffre d'affaires devrait s'élever à 8,5 milliards d'euros (+ 5 %) et le nombre de nos magasins passera à 844 au Japon et 180 dans le monde.Quelles sont vos ambitions en Europe, et en France en particulier ?Nous avons aujourd'hui 14 magasins en Angleterre, 2 en Russie et 2 en France, sans compter bien sûr Princesse Tam Tam et Comptoir des Cotonniers. Le succès de notre magasin dans le quartier de l'Opéra à Paris depuis son ouverture nous conforte. Nous pouvons estimer le potentiel de la France à 400 points de vente et nous en ouvrirons vraisemblablement 200 d'ici à dix ans. Pour l'heure, nous recherchons les bons emplacements, à des prix corrects. Ce qui n'est pas toujours simple. Et ce, d'autant que nous voulons, comme à New York, ouvrir en Europe des surfaces importantes.Que représente pour vous la zone Asie ?Nous sommes présents avec 52 magasins en Corée, 1 à Taïwan, 3 à Singapour, 1 en Malaisie, 13 à Hong Kong et nous venons d'ouvrir en Thaïlande. L'Asie est notre marché naturel. Dans les années à venir, elle va jouer un rôle moteur pour l'économie mondiale. Les opportunités sont ici considérables car la population asiatique va chercher à rattraper le niveau de vie et de consommation des pays européens et des États-Unis. Aujourd'hui, notre marché réunit 4 millions d'individus dans le monde, demain, avec l'expansion de l'Asie, il atteindra 80 millions.Et la Chine ?Toutes les entreprises internationales ont les yeux rivés sur la Chine. C'est notre voisin. Nous y possédons actuellement 60 magasins. Dans dix ans, ils seront au nombre de 1.000. Ce n'est pas démesuré. Avec une population de 1,3 milliard d'habitants, nous avons tout le potentiel de développement nécessaire. Nous possédons déjà plus de 1.000 magasins dans le monde et, demain, il nous faut simplement nous préparer à produire plus. Actuellement, l'essentiel de notre production est « made in China », par l'intermédiaire de sous-traitants auprès desquels nous déléguons toujours un membre d'Uniqlo qui appartient aux « takumi teams », et est chargé de veiller au respect de la charte de qualité de notre enseigne. Demain, nous étendrons notre aire de production en Asie, par exemple, au Bangladesh, au Vietnam et au Cambodge.Sur quoi se fonde votre succès ?Nous vendons des basiques de qualité, dans le monde entier, à un bon prix, et ça marche. Nous ne sommes pas une marque qui fabrique des produits mode, comme H&M et Zara, Ils le font très bien, ce n'est pas notre concept.Uniqlo est-il l'Ikea de la mode ? Pourquoi insistez-vous beaucoup sur le service ?La grande majorité de nos vendeurs sont formés à coudre un ourlet. Nous avons repris cette méthode des petits commerçants japonais et l'avons étendue à l'échelle internationale. Aucun de nos concurrents ne le fait. Chaque salarié Uniqlo, y compris moi, en tant que président, partageons tous le même objectif prioritaire : faire revenir les clients dans nos boutiques. Nous devons tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Nous vendons des vêtements intemporels pour tous les individus, quel que soit leur niveau de vie, quel que soit leur âge. Des clients aussi prestigieux que Carlos Ghosn s'habillent en Uniqlo comme des millions de personnes. En proposant des basiques de qualité, à bon prix, que l'on peut porter avec tout, nous répondons à une demande qui, jusqu'à présent, restait insatisfaite. Dans nos magasins, les maîtres mots visent à faciliter l'accès aux produits, « Close to everyone, easy to shop, easy to understand ».Vos jeans « made in Japan » à 9.900 yens (moins de 90 euros) sont aujourd'hui considérés parmi les meilleurs jeans au monde : comment avez-vous développé cette offre ?Le jean japonais est né pendant l'occupation américaine. Quand les GI ont voulu des jeans colorés, ils se sont adressés aux fabricants de teintures de kimonos. Ces derniers ont racheté les anciennes machines à tisser le denim américaines, ils les ont réparées et rénovées, et, parce que la perfection, le sens du détail font partie intégrante du « made in Japan », ils ont réussi à créer des jeans exceptionnels. En produisant en grand nombre [le standard de production d'Uniqlo se situe au minimum à 500.000 pièces, Ndlr], nous proposons les meilleurs prix.Le concept du magasin UT, Uniqlo T- shirt, à Omotesando [l'équivalent des Champs-Élysées à Tokyo], où les tee-shirts sont vendus dans des tubes en plastique à 10 euros, comme dans des distributeurs automatiques, est-il appelé à se développer dans le monde ?La haute technologie fait partie intégrante du quotidien des jeunes, ils ont grandi avec les mangas, ils veulent avoir un maximum de choix de graphismes [plus de 1.000 sont créés chaque année, Ndlr], que cela aille vite, que cela soit facile et ludique. Et c'est pourquoi nous avons signé avec de nombreuses licences dont Disney mais aussi l'auteur de mangas Naruto pour développer des tee-shirts à leur effigie, et ça marche très bien. Nous sommes en phase de test.Uniqlo a fait la fierté des Japonais pendant la crise car, à leurs yeux, elle a été l'une des seules sociétés nippones à aller de l'avant ; en quoi Uniqlo est-elle une entreprise typiquement japonaise ?Avec la récession de l'économie japonaise, le « made in Japan » s'est renforcé. Offrir la meilleure qualité possible à la classe moyenne, en respectant la clientèle, quels que soient son âge et sa classe sociale, est une philosophie très japonaise. Nous nous inscrivons dans cette philosophie. Ceci étant, je ne crois plus aux frontières. Aujourd'hui, le marché mondial est Un. Les consommateurs ont les mêmes préoccupations partout. Et nous, un seul devoir, les satisfaire.

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