Communistes : combien (encore) de divisions ?

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C'est un peu le monde à l'envers. Ce week-end, les écologistes, champions toutes catégories de l'individualisme, se retrouvent pour tenter de marcher d'un même pas. De leur côté, les communistes, qui suivent d'ordinaire sans broncher la ligne du parti, vont étaler leurs divergences à l'occasion d'un congrès à la Défense. Quelque 650 délégués devraient y représenter les 134.000 militants revendiqués par le Parti communiste. Officiellement, il s'agit de remplacer la secrétaire nationale, Marie-George Buffet, par Pierre Laurent, 52 ans, apparatchik de longue date même s'il n'a aucun mandat électif, et surtout fils de Paul Laurent, l'une des figures tutélaires du PCF du temps de Georges Marchais. Élection verrouilléeComme au bon vieux temps du PCF où les congrès étaient impeccablement verrouillés, l'élection de Pierre Laurent ne fait pas l'ombre d'un doute malgré la présence d'un autre candidat, Jacky Hénin, qui défend ouvertement une ligne "orthodoxe". Mais si le Parti communiste a trouvé 150.000 euros pour organiser son congrès, il n'a pas trouvé le moyen de retenir 200 de ses responsables qui viennent de claquer la porte. Parmi eux des simples militants mais aussi des parlementaires comme Patrick Braouzec ou François Asensi, députés de Seine-Saint Denis, ou Jacqueline Fraysse, l'une des voix communistes à l'Assemblée nationale. Tous dénoncent l'impossibilité du PC à se rénover véritablement et à faire émerger une nouvelle ligne politique cohérente. Tous contre Mélenchon Mais les polémiques entre communistes ne se limitent plus aux querelles entre rénovateurs, reconstructeurs et orthodoxes comme dans les années 90. Depuis l'émergence, lors des Européennes de 2009, du Front de gauche regroupant le PCF, le Parti de gauche créé par Jean-Luc Mélenchon et plusieurs autres petites formations contestataires, les communistes ne sont plus incontournables à gauche du PS. C'est désormais l'ancien ministre socialiste, aujourd'hui député européen, qui donne le la. Il l'a encore prouvé lors des régionales de mars: il est pour beaucoup dans la bonne tenue du Front de gauche. Aujourd'hui, Mélenchon cache à peine son désir d'être le candidat de la gauche de la gauche, donc des communistes. Mais une grande partie d'entre eux ne voient pas cette hypothèse d'un bon oeil. C'est le cas des amis de l'ancien patron du parti, Robert Hue, qui pleure toujours la "gauche plurielle" de l'ère Jospin, des "durs" du PC comme l'ancien président du groupe communiste à l'Assemblée, Alain Bocquet, ou de certains rénovateurs. Tous en veulent finalement à l'ancienne secrétaire nationale, Marie-George Buffet, et à son dauphin Pierre Laurent, de favoriser le rapprochement avec Jean-Luc Melenchon qui aboutira immanquablement, selon eux, à une disparition du PC. Pas même de beaux restesMais le PC n'a-t-il pas déjà quasiment disparu ? Il reste en effet peu de chose du parti qui fut jusqu'au milieu des années 70 la première formation de gauche en militants comme en suffrages avant que François Mitterrand le fasse décliner ? A la présidentielle de 2007, Marie-George Buffet n'a obtenu que 1,93% quand Georges Marchais en faisait 15,35% en 1981 et Robert Hue 6,58% en 1995. Depuis 1990, le nombre de ses militants a été divisé par deux et se situe autour de 130.000, 60 000 de moins que le PS qui n'a pourtant jamais été un parti de masse. À l'Assemblée comme au Sénat, les parlementaires communistes (une petite quarantaine au total) ne sont plus assez nombreux pour former seuls un groupe politique et ont dû se regrouper avec d'autres élus de gauche. Aux régionales de mars, le PC n'a pu sauver que 95 sièges de conseillers régionaux contre 185 dans les assemblées sortantes. S'il dirige toujours 757 mairies, il a perdu au fur et à mesure des élections ses grandes villes "historiques" comme Le Havre, Nîmes, Saint-Etienne, Amiens ou encore Montreuil, ville devenue écologiste sans parler de Drancy passée au Nouveau centre ! Saint-Denis, la plus grande ville restée communiste est aux mains de contestataires du parti. La Seine-Saint-Denis, son bastion "imprenable" en région parisienne lui a échappé au profit du fabiusien Claude Bartolone en 2008.

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