Pour Fillon, le triple A de la France

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Jusqu'ici banni, le mot rigueur fait enfin partie du vocabulaire du gouvernement. Tout du moins à l'étranger. En déplacement au Japon avec Christine Lagarde, François Fillon a affirmé, vendredi, que parmi « tous les budgets de l'État, le seul qui n'est pas soumis à la rigueur, c'est le budget de l'Enseignement supérieur et de la recherche».Il semble que le dépaysement délie les langues. Fin juin, Claude Guéant, le Secrétaire général de l'Élysée avait déclaré au « Financial Times » que la France se préparait « à d'importantes coupes budgétaires ».En revanche, ce type de déclarations reste tabou en France. Le mot rigueur fait peur. Son usage effraie tellement les ménages et les entreprises que l'Élysée et Matignon ont jusqu'ici préféré insister sur la gestion « rigoureuse » des dépenses de l'État. Christine Lagarde en a récemment fait les frais, subissant les foudres de l'Élysée après avoir employé lors des Rencontres économiques journées d'Aix en Provence le terme « ri-lance » - un mélange de relance et de rigueur - pour qualifier la politique économique actuelle.Comment expliquer cette schizophrénie ? A l'étranger, il est urgent de rassurer les marchés sur la solidité de l'économie tricolore. Une dégradation même légère de la note de la France par les agences internationales aurait de graves conséquences financières puisqu'elle déclencherait immédiatement un durcissement de ses conditions d'emprunt. Alors que les grandes agences (Moody's, Fitch et Standard & Poors) restent confiants quant à la solidité de la signature de la France sur les marchés, l'agence chinoise Dagong a récemment franchi le pas en abaissant de AAA à AA- la note de la France. vains efforts de langageLe gouvernement préfère donc pendre des gants pour ne pas enfoncer le moral des Français, déjà historiquement bas. En annonçant clairement des lendemains qui déchantent, il prendrait le risque de saper la consommation des ménages, un moteur qui est certes hoquetant depuis plusieurs trimestres mais qui tourne encore.Mais qu'elles soient faites en France ou à l'étranger, les interventions des responsables politiques sont reprises en temps réel, mondialisation oblige. Les efforts du gouvernement pour ne pas effrayer les Français risquent d'être vains. Fabien Piliu

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