L'éditorial de Sophie Gherardi : Santé, Mr. Obama !

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Voilà un moment que l'opinion française a cessé de suivre. Depuis quatorze mois, la réforme de la santé promise par le président américain Barack Obama est passée par une multitude de hauts et de bas, un jour votée (mais pas complètement), le lendemain enterrée (mais pas tout à fait). Vu de ce côté-ci de l'Atlantique, il est à peu près impossible de comprendre pourquoi un président bien élu et disposant d'une majorité parlementaire dans les deux Chambres, a tant de mal à faire passer la réforme présentée comme la plus importante de son mandat. Mais enfin, cette fois, ça y est, la loi sur l'assurance-maladie devrait être adoptée dimanche par la Chambre des représentants (sauf retournement de dernière minute, cela va de soi). Obama aura dû pour cela employer des ruses de Sioux. Dimanche, les représentants ne voteront que des « corrections » au texte voté la veille de Noël par le Sénat, qui sera ainsi réputé adopté sans vote formel. Dans quelques jours, les sénateurs se prononceront sur les amendements des représentants, mais à la majorité simple : ce qui permet aux démocrates de contourner la minorité de blocage que les républicains ont acquise en janvier en arrachant à la gauche le siège des Kennedy dans le Massachusetts. Dès lors, le système d'assurance-maladie sera étendu à 31 millions d'Américains jusqu'ici privés de couverture santé, soit parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour payer, soit parce qu'ils sont malades et que leur assureur refuse de rembourser les soins. Ce ne sera pas une mince victoire pour Obama, puisque tous ses prédécesseurs ont échoué dans leurs tentatives de réformer le système. Mais il aura dû s'engager sur deux points : que pas un dollar d'argent public ne serve à payer des avortements et que l'Etat fédéral n'offre pas d'assurance-maladie publique. Surprenant ? Pas si l'on sait que les Etats-Unis se distinguent des autres démocraties modernes par deux caractéristiques : la religiosité et la méfiance envers la puissance publique. Dans une toute récente enquête CBS/« New York Times », seuls 19 % des Américains disaient faire confiance à l'Etat, ce qui est proche des scores de la fin du mandat Bush (17 %). En réalité, le peuple américain n'a eu massivement confiance en ses dirigeants qu'entre 1933 et 1964, lorsque le New Deal, la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide et la croissance forte soudaient la nation (jusqu'à 76 % d'adhésion à l'action publique). A partir de la guerre du Vietnam, la confiance envers Washington n'a fait que décroître. Dans un tel contexte, il est presque rassurant pour Barack Obama que 46 % des Américains, contre 45 %, se soient dits favorables cette semaine à l'adoption de sa réforme. Allez, santé, Mr. Obama !

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